Amélineau, Emile  
Les nouvelles fouilles d'Abydos - Mission Amélineau: compte rendu in extenso des fouilles, description des monuments et objets découverts (Band 3,1) — Paris, 1904

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LES NOUVELLES FOUILLES D'ABYDOS 325

pouvons parvenir, il n'est pas douteux que sur la natte qui supportait la
table on posait tout ce qui n'avait pas trouvé place sur cette table. S'il
en était ainsi même chez les dieux, on peut parfaitement s'imaginer
qu'il en devait être ainsi chez le bas peuple. Par conséquent on ne
sera pas surpris que le bas peuple aussi bien que les classes plus
élevées ne ressentissent pas le besoin pressant d'avoir de la vaisselle
en terre dont ils a'auraient su que faire. L'emploi qui aurait été le plus
élevé pour les poteries de forme haute a rapport aux liquides, au lait,
à l'eau, que l'on voulait enfermer pour les conserver frais ou simple-
ment utilisables; mais encore là la nature avait fourni cent moyens pour
un de se passer des poteries, grâce aux végétaux qui peuvent remplir
cet office, comme on voit le fait encore si généralement répandu dans
l'intérieur de l'Afrique et même en Egypte. D'ailleurs les poteries pri-
mitives n'auraient pas servi à grand'chose pour la conservation des
liquides, pour la bonne raison qu'elles étaient poreuses, aptes à être faci-
lement traversées par les liquides, car elles n'étaient parfois vernissées
ni extérieurement, ni intérieurement. J'en ai fait moi-même l'expérience
multipliée. Gela est si vrai que dans les grandes jarres que j'ai trou-
vées, on avait mis, non des liquides, mais des substances grasses, soit
seules, soit mélangées avec d'autres substances farineuses, comme
celles que M. Friedel a fait connaître dans le premier volume de ce
rapport1 : les matières grasses avaient pénétré la terre de la jarre où
elles étaient renfermées et l'avaient en quelque sorte saturée. Dès lors,
à quoi aurait servi l'usage de la poterie pour les liquides ? Par consé-
quent, de ce côté encore l'objection ne me touche pas, car avant d'uti-
liser la poterio pour la contenance des liquides, il fallait avoir inventé
un moyen de la rendre impénétrable, grâce à un vernissage approprié,
ce qui n'existait pas encore, comme on peut aisément s'en convaincre.

Par conséquent les raisons précédentes ne sont pas valables pour
soutenir la priorité de la poterie sur les vases en pierre, du moins pour
l'Egypte, car je ne m'occupe ici que de l'Egypte, quoique les autres
civilisations aient dû marcher parallèlement à la civilisation égyptienne ;

1. Cf. E. Amélineau . Les Nouvelles Fouilles d'Abydos, 1895-1896, p. 273 et seqq.
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