Amélineau, Emile  
Les nouvelles fouilles d'Abydos - Mission Amélineau: compte rendu in extenso des fouilles, description des monuments et objets découverts (Band 3,2) — Paris, 1905

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684 LES NOUVELLES FOUILLES D'ABYDOS

J'aurais pu répondre que la doctrine d'Evhémère fut à son heure accep-
tée comme faisant faire un grand progrès aux idées philosophiques,
qu'elle fut acceptée plus tard par les pères de l'Eglise comme une arme
de combat qui les servait prodigieusement dans leurs controverses;
qu'ainsi il ne pouvait y "avoir nul scandale à me servir d'une idée jadis
émise par un de ces philosophes grecs qu'on porte aux nues, — sans doute
parce que parmi d'innombrables erreurs ils ont dit quelques vérités
utilisées par d'autres qui n'étaient guère philosophes, mais qui se sont
servis d'une idée qui leur était secourable, — à l'expliquer, à la limiter, et
à l'appliquer à un cas bien déterminé, alors qu'elle se trouvait entière-
ment changée et que je lui avais retiré son universalité, ce qu'ont d'ail-
leurs fait les philosophes célèbres et contemporains qui ont admis que
le culte des ancêtres avait joué un rôle fort important dans la genèse
des dieux. Donc, philosophiquement parlant, il ne pouvait y avoir
scandale de ma part à me mettre en si bonne compagnie.

Si je me retourne maintenant vers les monuments et les textes égyp-
tiens, je trouve que l'idée d'ancêtres élevés à la dignité de dieux était
une idée parfaitement connue et admise par les Egyptiens; mais avant
de citer les textes, je dois dire que le grand obstacle à faire admettre
cette idée, c'est le sens parfaitement délimité, surnaturalisé, que nous
appliquons au mot Dieu. Or, ce sens spécial, surnaturel, ne s'appliquait
pas en Egypte avant le Nouvel Empire thébain, et il ne s'est jamais ap-
pliqué, sauf pour de rares penseurs qui étaient arrivés à se figurer Dieu
dépouillé de tous les attributs matériels, ou finis, pour le revêtir d'at-
tributs infinis, ce qui n'avait exigé d'autres efforts que de mettre une
négation devant l'attribu fini. Sous le Moyen Empire, sous l'Ancien
Empire et surtout aux époques précédentes, cette idée d'un Dieu infini
n'était jamais entrée dans le cerveau d'un Égyptien. On peut l'assurer
sans crainte d'erreur. Quant à le prouver, c'est autre chose. Le mot

dieu en égyptien se dit nouter, s'écrit par la hache^ ou par un épervier

juché sur un support^; en copte, c'est-à-dire dans l'égyptien employé
par les chrétiens, le mot n'a pas changé, quoiqu'il ait perdu la dernière
lettre nou-re au lieu de nouter. Ce mot est un jnom commun, nullement
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