Annales du Musée et de l'Ecole Moderne des Beaux-Arts — 2.1802 [Cigognara Nr. 3401-2]

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Aucun peintre n'a traité l'allégorie avec plus de
succès que le Poussin, n'en a mieux saisi les conve-
nances , n'a usé avec plus de justesse et de discrétion
des moyens qu'elle offre à la peinture, et des licences
qu'elle permet à une imagination féconde ; et l'on doit
convenir que le style simple , pur et sévère du Poussin,
est parfaitement conforme à ces sortes de compositions;
qu'il leur donne cet air antique sans lequel elles n'offri-
raient que contradiction et incohérence.

« L'allégorie * n'est supportable en peinture que
quand la scène est dans les cieux ou dans le pays des
fables. Les Muses sur le Parnasse, Jupiter au sommet
de l'Olympe, Vénus sortant des eaux, entourée de
Nymphes et de Tritons, sont des sujets qu'un peintre
peut traiter ; mais qu'il se garde , s'il veut plaire aux
bons esprits , de placer la renommée , l'immortalité ,
la gloire, à côté d'un maire de ville ou d'un prévôt
des marchands; et si la complaisance ou des ordres
captivent, violentent son génie, plaignons-le de cet
esclavage.

« Ne passons pas les limites des arts ; il est des bornes
que le goût prescrit. Si la peinture ne peut exprimer
certaines positions, certains effets, qu'elle les néglige et
les laisse à la poésie. Celle-ci parle à l'imagination : la
peinture parle principalement au yeux; elle a quelque
chose de vague et d'indéterminé dont il ne faut pas aug-
menter l'obscurité par une multiplication de rapports
trop subtils. »

* Essai sur la vie et sur les tableaux du Poussin; par le citoyen
Cambry.

IVota. G. Audran a fait une fort belle gravure de ce tableau du
Temps cjui enlève la Vérité.
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