Annales du Musée et de l'Ecole Moderne des Beaux-Arts — 6.1804 [Cigognara Nr. 3401-6]

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Flanche huitième. — La Muse TJranie. Tableau de la
galerie de Versailles ; par Eustache le Sueur.

Dans ce tableau , qui fait partie de ceux que le Sueur
peignit à l’hôtel Lambert (*) , ce grand artiste a repré-
senté la Muse de l’Astronomie. Un de ses bras s’appuye
sur une sphère céleste, et sa main tient le compas avec
lequel elle mesure le cours des astres. Son autre main
s’élève vers le ciel. Son expression est calme et réflé-
chie. Le lieu de la scène, parfaitement adapté au sujet,
est un paysage solitaire où rien ne distrait cette Muse
de ses profondes méditations. Cette figure a la noblesse
et le sentiment de naïveté qu’on retrouve dans tous les
ouvrages de le Sueur.

Les Notices qu’on a données dans les volumes précé-
dens sur ce peintre célèbre , renferment les principaux
détails qui soient parvenus jusqu’à nous sur sa personne
et ses ouvrages. On ajoutera ici une anecdote qui n’est
pas généralement connue.

Le Sueur et le Brun travaillaient en concurrence, de-
puis plusieurs années, à l’hôtel Lambert, lorsqu’un
nonce du pape , grand connaisseur , vint voir leurs ou-
vrages. Le Brun, qui joignait à ses talens l’usage du
monde et la souplesse d’un courtisan, s’empressa de
recevoir l’étranger, et, sans se faire connaître, lui mon-
tra la galerie , peinte de sa main , dont il lui expliquait
les sujets. Ils passèrent ensuite dans le cabinet des
Muses, où le Sueur peignait alors. Tout entier à son
art , il se contenta d’ôter un mauvais bonnet qu’il avait
sur sa tête, et continua de peindre, sans faire attention

(*) Dans l’île S. Louis, à Paris.
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