Annales du Musée et de l'Ecole Moderne des Beaux-Arts — 11.1806 [Cicognara Nr. 3401-11]

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cheveux de Samson qui, à son réveil, se voyant entouré
d’ennemis, crut s’en délivrer facilement ; mais Dieu
l’avait abandonné, et il tomba entre les mains des Philis-
tins qui lui crevèrent les yeux et l’obligèrent à tourner la
meule d’un moulin. On sait comment, lorsque Dieu lui
eut rendu sa force, il tira vengeance de leurs traitemens
barbares. Dans une fête solennelle, amené par ses gardes
au milieu d’un temple, il s’écria : que les Philistins pé-
rissent avec moi ! et il ébranla les colonnes de l’édifice
qui, en s’écroulant, l’écrasa avec tous ses persécuteurs.

Alexandre Véronèse a choisi, dans la vie de cet Her-
cule des Juifs, le moment où il est endormi sur les ge-
noux de Dalila. Le Philistin qui lui coupe les cheveux a
une expression de la plus gi'ande vérité : on voit qu’il
tremble en touchant à cet homme redoutable. Les soldats
ne montrent pas plus d’assurance. Ce qui choque dans
cette composition, c’est l’idée que le peintre a eue d’y pla-
cer deux Enfans dont l’un porte l’épée de Samson, et l’autre
la célèbre mâchoire. On pourrait croire qu’il a voulu répé-
ter l’allégorie ingénieuse des Amours jouant avec les
armes de Mars, ce qui blesserait étrangement les conve-
nances. Mais les peintres vénitiens ne les respectent guères,
et cet ouvrage en offre une autre preuve dans le costume
italien qu’Alexandre Véronèse a donné à Dalila et aux
Philistins.

Ce tableau , dont les figures sont de grandeur naturelle,
mérite peu d’éloges sous le rapport de l’exécution : le des-
sin a quelque chose de barbare, et le coloris est lourd et
peu naturel : une grande facilité de pinceau est tout ce
qui, dans cette production , fait reconnaître le talent
d’Alexandre Véronèse.
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