Annales du Musée et de l'Ecole Moderne des Beaux-Arts — 11.1806 [Cicognara Nr. 3401-11]

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Planche vingt-neuvième. — La Religion, Tableau de là
galerie du Musée ; par le Titien.

Par l’invocation de S. Marc, patron de Venise, la
Religion apparaît dans toute sa gloire au doge Antonio
Grimani.

L’histoire de ce Doge mérite d’être rapportée ; elle offre
un de ces traits de piété filiale trop rares dans tous les
temps. Antonio Grimani, à la tête de l’armée navale des
Vénitiens, fut battu par les Turcs qui bientôt après le
contraignirent d’abandonner la ville de Lépante dont la
défense lui avait été confiée. La république lui fit un
crime de son malheur, et il fut jeté dans un cachot. Son
fils, le cardinal Dominique Grimani, demanda sa liberté
au Sénat, et offrit de se constituer prisonnier en sa place;
mais, n’ayant pu obtenir cette grâce, il partagea la capti-
vité de son père. Ce prince de l’église servait seul le vieil-
lard infortuné, et, pour aider sa marche, portait les fers
dont on l’avait chargé. Antonio fut condamné au bannis-
sement, et se retira à Rome, dans le palais de Dominique
qui lui prodigua toutes les consolations. Ayant été rappelé
par les Vénitiens, Grimani, malgré son grand âge, par-
vint à la dignité de doge, en 1621 ; son fils partagea en-
core avec lui les fatigues du gouvernement : enfin, ils
moururent tous deux dans la même année, l’un âgé de
90 ans et l’autre de 63.

On prétend que le tableau de la Religion est une pro-
duction de la vieillesse du Titien qui, comme on sait,
vécut près d’un siècle. Cette opinion ne s’accorde pas avec
celle où l’on est communément que la figure du Doge est
celle d’Antonio Grimani, puisque le Titien, né en 1477 ?
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