Annales du Musée et de l'Ecole Moderne des Beaux-Arts — 11.1806 [Cicognara Nr. 3401-11]

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Planche soixante-sixième.—La Fuite en Egypte. Tableau
de la galerie du Musée; par Cigoli.

I/étude assidue de l’anatomie dérangea totalement
l’esprit de Cigoli que des persécutions injustes avaient
déjà troublé. Il passa trois ans dans un état de démence,
cependant on ne le vit jamais renoncer entièrement à la
peinture ; il eut même quelques instans lucides pendant
lesquels il produisit de petits ouvrages (celui-ci en est
peut-être un) dignes du talent qu’il avait précédemment
montré, et qu’après sa guérison il déploya avec une force
qui excita et confondit l’envie. Seulement on avait soin,
lorsque ses ouvrages étaient terminés, de les retirer de
ses mains pour pouvoir les conserver ; car, dans ses
accès de folie, lorsqu’il pouvait trouver quelque tableau,
il prenait la brosse, et, sans rien changer à la dispo-
sition de l’ensemble, il convertissait chaque figure en
squelette. Cette manie produisit un jour un effet sin-
gulier : un tableau qu’un de ses amis lui avait donné
représentait Vénus entourée de jeunes Amours ; Ci-
goli s’amusa à disséquer la Déesse, mais comme on
ne lui laissa pas le temps de défigurer ainsi les Amours,
Vénus resta sous sa forme hideuse au milieu de leur
groupe riant.

On peut croire, comme on vient de le dire, que ce
fut dans ce temps malheureux que Cigoli peignit cette
.Fuite en Egypte : le plus grand charme de ce petit
tableau est dans la naïveté qui ne règne pas moins dans
l’exécution que dans la pensée. Cigoli ne possédait pas
parfaitement la perspective aérienne; et l’on peut s’en
apercevoir à la manière dont le fond de ce tableau avance,
quoique les lointains soyent touchés avec esprit.
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