Annales du Musée et de l'Ecole Moderne des Beaux-Arts — 11.1806 [Cicognara Nr. 3401-11]

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Planche soixante-neuvième. — Le Triomphe de Flore«

Tableau de la galerie de Versailles ; par N. Poussin.

Flore est assise sur un trône que traînent des Amours
ou plutôt des Zépliirs ; d’autres Zéphirs voltigent autour
d’elle; des Nymphes et des Enfans la précèdent et rac-
compagnent en dansant et en chantant; tous sont couron-
nés de roses ; un Guerrier présente dans son bouclier des
fleurs à la Déesse qui l’invite à prendre part aux plaisirs
du printemps. Sur le devant, un Fleuve et une Naïade
contemplent cette scène gracieuse.

Les figures de ce tableau ne sont peut-être pas groupées
avec assez d’art, ou, pour mieux dire, ne forment pas
de groupes assez prononcés : on peut croire que l’artiste
a eu l’intention de donner, par ce moyen, plus de mou-
vement à sa composition,et de rendre avec plus de vérité
l’effet d’une marche rapide. La lourdeur du char de Flore
est un défaut moins important, mais plus sensible d’abord ;
il est impossible que deux enfans, attelés avec des guir-
landes, puissent mouvoir cette pesante machine. Il est
encore une remarque critique à faire sur ce morceau
d’ailleurs justement admiré : quoique la couleur en ait
singulièrement changé, et qu’il soit dans un état presque
méconnaissable , cependant on peut se convaincre que le
Poussin a trop négligé de donner à cet ouvrage le charme
du coloris que 'le sujet exige absolument. Les défauts
qui se rencontrent dans les œuvres d’un grand maître ne
doivent que faire chercher avec plus de soin les beautés
qui les effacent;on les trouve ici dans la pensée et dans le
dessin. C’est pour montrer que la nature conserve toujours
de l’empire sur les cœurs les plus endurcis, que le Poussin
a placé un G uerrier dans le cortège de Flore; ce n’est point
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