Annales du Musée et de l'Ecole Moderne des Beaux-Arts — 12.1806 [Cicognara Nr. 3401-12]

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pleine de candeur, de noblesse et de grâce. LeGuercliin ne
put jamais réussir parfaitement à peindre de pareilles têtes;
un jour il pria un de ses amis, cpxi était lié avec le Guide,
d’engager cet artiste à lui faire connaître quelle était la
femme qui lui servait de modèle. Son ami, étant dans l’a-
telier du Guide, amena la conversation sur ce sujet, et fit
part à ce peintre de la curiosité du Guerchin. Je vais la
satisfaire, lui dit le Guide; aussitôt il appelle son broyeur
de couleurs, qui était d’une laideur extrême; et, faisant
comme s’il peignait d’après lui, il exécute en un moment
une tête de femme, l’une des plus belles qu’il eut pro-
duites. «Voyez, dit-il à l’ami du Guercliin, et apprenez
« à celui qui vous envoyé, que, lorsqu’on a l’esprit rempli
« de belles idées, on n’a pas besoin d’autres modèles que
« de celui dont je viens de me servir en votre présence. »
Il ne faudrait pas conclure de cette anecdote que ce
grand maître voulait dire qu’un peintre dût se passer de
modèle; ce qui serait contraire à la marche qu’il suivit ;
il prétendait seulement prouver ainsi, que comme il faut
toujours que la nature soit embellie dans les imitations que
l’on eu fait, un artiste doit porter dans sa tête l’idée de la
perfection que ses modèles ne peuvent lui présenter.
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