Annales du Musée et de l'Ecole Moderne des Beaux-Arts — 12.1806 [Cicognara Nr. 3401-12]

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voyageur à qui elle a été racontée à Urbin , patrie du
Baroche: cet artiste étant un jour dans l’atelier d’un pein-
tre avec qui il était lié, peignit une tête de femme sur une
vieille toile réimprimée. Les éloges qu’il en reçut et le prix
qu’en offrit un amateur, excitèrent l’envie du peintre chez
qui le Baroche avait exécuté ce morceau. Il lui dit quelques
jours après: << Je cachais chez moi une tête de Christ du
» Corrège qui a été dérobée et recouverte d’un enduit ; j’a-
<< vais fait derrière la toile une croix pour la distinguer
des autres; mais je ne sais ce qu’elle est devenue.» Le
Baroche, rentré chez lui, regarda la tête qu’il avait peinte
et reconnut la marque que sans doute le peintre y avait
faite à dessein. Persuadé qu’il possède un morceau du
Corrège, il veut, avant de le rendre au propriétaire, jouir
de la vue de ce chef-d’œuvre, et, sans ménager son propre
ouvrage, il gratte la toile avec soin, afin d’enlever les
diverses couches de couleurs jusqu’au point où il veut
arriver. C’était ce qu’avait voulu le peintre astucieux, et
ce que n’eut pas fait un artiste moins modeste que le Ba-
roche. Combien ne fut-il pas étonné lorsqu’au lieu de
trouver un Corrège, il n’aperçut qu’un mauvais ouvrage
du peintre qui l’avait trompé 1 Celui-ci, ayant appris le
succès de sa rase, ne fit que rire du Baroche qui avait
détruit lui-même un chef-d’œuvre de son pinceau.
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