Annales du Musée et de l'Ecole Moderne des Beaux-Arts — 12.1806 [Cicognara Nr. 3401-12]

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Planche dix-neuvième.—La Maîtresse du Titien. Tableaw
de la galerie du Musée; par le Titien.

Pour les artistes , ce portrait est un ouvrage historique.
Un peintre fameux s’est plu à représenter les traits d’une
maîtresse chérie , et l’on peut croire qu’il n’a rien négligé
pour rendre ce portrait digne de l’amour que lui inspirait
le modèle. Par une espèce de convenance amoureuse qui
sert à faire connaître la passion de l’artiste, il s’est peint
lui-même à côté de cette femme belle et voluptueuse, mais
de manière à être effacé par elle : elle est à sa toilette, et
parfume ses cheveux ; ses charmes sont répétés par les
deux miroirs que tient son amant. Si le Titien n’a rien
oublié de tout ce qui pouvait faire connaître l’amour qu’il
éprouvait, on peut dire qu’il n’a pas non plus négligé de
satisfaire son amour propre ; en se plaçant auprès d’une
femme jeune et belle, peinte dans un désordre aussi sé-
duisant , il a révélé le secret des faveurs qu’il avait reçues
d’elle.

Sous le rapport de l’art, ce portrait est l’un des plus
beaux du Titien qui dans ce genre n’a que Van Dyck
pour rival, à qui même il est souvent préféré. La figure
principale est d’un dessin admirable ; les contours en sont
coulans et purs, et la correction s y trouve unie à la grâce
et à l’élégance. Il n’est pas possible de produire rien de
plus achevé sous le rapport du coloris ; la légèreté des
tons est inexprimable, et la couleur de la robe qui est d’un
vert tendre ajoute au charme de l’effet. La touche est par-
tout moelleuse et suave, et les ombres ont une transparence
extraordinaire. Aucune de ces qualités ne se retrouve dans
la figure du Titien,dont les teintes sont rousses et dont l’exé-

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