Annales du Musée et de l'Ecole Moderne des Beaux-Arts — 14.1807 [Cigognara Nr. 3401-14]

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Plancha quinzième.— Judith tenant la tête d'Uolopheme.

Tableau de la galerie du Musée; par le Valentin.

Judith fut une de ces femmes fortes que Dieu dans sa
co]ère armait quelquefois pour exterminer les ennemis
d’Israël : rentrée dans le camp d’Ozias, la tête d’Holo-
pherne à la main, elle se présente au grand-prêtre qui la
bénit, et l’armée va chanter un cantique à sa louange. Un
courage tel que celui de Judith n’est pas le plus bel apanage
de son sexe, mais il sauva sa nation.

De Valentin a donné un soin bizarre au costume de
Judith : il l’a vêtue d’une robe de soie bleue damassée et
d’une écharpe violette : une espèce de voile de gaze, de
couleur feuille morte , lui couvre la moitié du sein. Il a
orné les cheveux de son Héroïne, ses épaules , sa ceinture
et les bords de son vêtement, de pierreries, d’agrafes et de
broderies ; et, selon la remarque du Peintre grec , ne
pouvant la faire belle, il Va fait riche. Elle n’a ni grâce ni
noblesse dans les traits, ni véhémence dans le regard; si
la veuve de Manassé, la plus belle femme deNathulie, eût
ressemblé à ce tableau, sans doute elle n’eût pas séduit le
général des armées de Nabuchodonozor.

Lorsqu’on voit un tableau aussi bien peint que celui-ci,
d’un ton aussi vrai, d’un effet aussi piquant, combien n’a-
t-on pas lieu de regretter que l’artiste n’ait mis aucune im-
portance à cette partie idéale du dessin et de l’expression
qui seule anoblit la pensée! Si le Valentin se fût attaché à
l’étude de l’antique et des ouvrages de Raphaël, de Léo-
nard de Vinci, des Caraches ou du Guide, l’école française
compterait déplus un peintre du premier ordre; mais la
manière sauvage et dure du Caravage eut pour lui plus
d’attrait et l’emporta loin des bornes du goût.

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