Annales du Musée et de l'Ecole Moderne des Beaux-Arts — 14.1807 [Cigognara Nr. 3401-14]

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« Appelé à Courtray par les chanoines de la collé-
giale , il fit prix pour un tableau du grand autel de
leur église; il le peignit à Anvers, et alla lui-même
le placer. Le chapitre accourut, et ne voulut pas
attendre jusqu’au lendemain pour voir le tableau en
place; on le déroula. Quelle fut la surprise de Vandyck
de voir le chapitre entier regarder l’ouvrage et l’auteur
avec mépris ; on le traita de misérable barbouilleur ,
et tous lui tournèrent le dos. Il resta seul avec un
menuisier et quelques domestiques , qui crurent le
consoler en lui conseillant de remporter son tableau,
et l’assurant que tout ne serait pas perdu , que sa toile
pourrait être employée à faire des paravents. Il ne se
rebuta pas, il plaça son tableau , et le lendemain alla
de porte en porte prier les chanoines de revenir. Il
n’eut d’eux que de nouvelles injures ; enfin , au bout
de quatre ou cinq jours, il fut payé, mais de si mauvaise
grâce, qu’il n’a cessé toute sa vie d’en être indigné. De
retour à Anvers ,il n’osa parler de cette aventure, qui
cependant ne demeura pas secrète. Des amateurs pas-
sant par Courtray vengèrent la réputation du peintre.
Les chanoines convoquèrent un chapitre, dans lequel
il fu t arrêté que ce tableau était beau ; et pour constater
le mérite de l’auteur et réparer leur honte , ils ajou-
tèrent qu’il fallait lui écrire et lui commander deux
autres tableaux. Mais Vandyck leur répondit sèchement
qu’ils avaient assez de barbouilleurs a Courtray et aux
environs , qu’ils n’avaient pas besoin d’en faire venir
d’Anvers, et que pour lui il avait pris la résolution
de ne peindre désormais que pour des hommes, et non
pour des ânes. La réponse les choqua , et les tableaux
furent commandés à Gaspard de Crayer, qui fit sou
marché de façon qu’on s’obligeait de prendre et payer
ses tableaux, bons ou mauvais. »
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