Annales du Musée et de l'Ecole Moderne des Beaux-Arts — 14.1807 [Cigognara Nr. 3401-14]

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( I4'2 )

Il vous faudra, seigneur , marcher de crime en crime-,
Soutenir vos rigueurs par d’autres cruautés,

Et laver dans le sang vos bras ensanglantés.

Britannicus mourant excitera le zèle
De ses amis, tout prêts à venger sa querelle.

Ces vengeurs trouveront de nouveaux défenseurs,

Qui, même après leur mort, auront des successeurs.

Vous allumez un feu qui ne pourra s’éteindre.

Craint de tout l’univers, il vous faudra tout craindre ;
Toujours punir , toujours trembler dans vos projets,

Et pour vos ennemis Compter tous vos sujets
Ali ! de vos premiers ans l’heureuse expérience
Vous fait-elle , seigneur, haïr votre innocence?
Songez-vous au bonheur qui les a signalés ?

Dans quel repos, ô ciel, les avez-vous coulés!

Quel plaisir de penser et de dire en vous-même :

« Par-tout en ce moment on me bénit, on m’aime ;

« O11 ne voit point mon peuple à mon nom s’alarmer ;

« Le ciel dans tous leurs pleurs 11e m’entend point nommer
a Leur sombre inimitié ne fuit point mon visage ;

« Je vois voler par-tout les cœurs à mon passage ».

Tels étaient vos plaisirs. Quel changement, ô dieux!

Le sang le plus abject vous était précieux.

Un jour, il m’en souvient, le sénat équilable
Vous pressait de souscrire à la mort d’un coupable;

Vous résistiez , seigneur, à leur sévérité ;

Votre cœur s’accusait de trop de cruauté;

Et plaignant les malheurs attachés à l’empire ,

« Je voudrais, disiez-vous, ne savoir pas écrire ».

Non , ou vous me croirez, ou bien de ce malheur
Ma mort m’épargnera la vue et la douleur.

On 11e me verra point souscrire à votre gloire,

Si vous allez commettre une action si noire.

( Se jetant aux pieds de Néron.}

Me voilà prêt, seigneur; avant que de partir,

Faites percer ce cœur qui n’y peut consentir.

Appelez les cruels qui vous l’ont inspirée ;

Qu’ils viennent essayer leur main mal assurée.

Mais je vois que mes pleurs touchent mon empereur •

Je vois que sa vertu frémit de leur fureur. , .. etc.
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