Annales du Musée et de l'Ecole Moderne des Beaux-Arts — 17.1809 [Cigognara Nr. 3401-17]

Seite: 69
Zitierlink: i
http://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/amemba1809/0114
Lizenz: Creative Commons - Namensnennung - Weitergabe unter gleichen Bedingungen
0.5
1 cm
facsimile
( ^9 )

Planche quarante-troisième. —- Néron et Junie ; Dessin
de M. Chaudet.

L’artiste a choisi, pour rendre cette scène, le mo-
ment où Néron, épris des charmes de Junie, est
instruit par la princesse elle-même de ses sentimens
pour Britannicus.

JUNIE.

J’aime Britannicus; je lui fus destinée
Quand l’empire devait suivre sa destinee.

Mais ces mêmes malheurs qui l’en ont écarté»

Ses honneurs abolis, son palais déserte ,

La fuite*d’une cour que sa chute a bannie,

Sont autant de liens qui retiennent Junie.

Britannicus est seul. Quelque ennui qui le presse.

Il ne voit dans son sort que moi qui s’intéresse,

Et n’a pour tout plaisir, seigneur, que quelques pleurs
Qui lui font quelquefois oublier ses malheurs.

NÉRON.

Et ce sont ces plaisirs et ces pleurs que j’envie,

Que tout autre que lui me paierait de sa vie.

Mais je garde à ce prince un traitement plus doux.

Madame, il va bientôt paraître devant vous.

Je ne veux point le perdre; il vaut mieux que lui-même
Entende son arrêt de la bouche qu’il aime.

Si ses jours vous sont chers, éloignez-le de vous,

Sans qu’il ait aucun lieu de me croire jaloux.

De son bannissement prenez sur vous l’offense;

Et, soit par vos discours, soit par votre silence.

Du moins par vos froideurs, faites lui concevoir
Qu’il doit porter ailleurs ses vœux et son espoir.

JUNIE.

Moi ! que jp lui prononce un arrêt si sévère !

Ma bouche mille fois lui jura le contraire.

Quand même jusque-là je pourrrais me trahir,

Mes yeux lui défendront, seigneur, de m’obéir.

NÉRON.

Caché près de ces lieux, je vous verrai, madame.

Renfermez votre amour dans le fond de votre ame.

Vous n’aurez point pour moi de langages secrets,

J’entendrai des regards que vous croirez muets;

Et sa perte sera l’infaillible salaire

D’un geste ou d’un soupir échappé pour lui plaire.

( Britannicus. Acte. i/, scène 3.)
loading ...