Annales du Musée et de l'Ecole Moderne des Beaux-Arts — 17.1809 [Cigognara Nr. 3401-17]

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Planche quatre-vingt-onzième. —- Eurydice enlevée une
seconde fois à Orphée ; Dessin de M. Gérard.

Orphée pénètre dans les enfers pour redemander à
Pluton son épouse Eurydice, morte de la piquure d’un
serpent caché sous des fleurs. Il chante, et la mélodie
de sa voix, les doux accords de sa lyre, rassemblent
autour de lui les habitans des sombres royaumes, dé-
sarment la colère des Euménides, et charment sur son
trône le redoutable souverain des morts.

Enfin , il revenait des gouffres du Te'nare ,

Possesseur d’Eurydice, et vainqueur du Tartare;

Sans voir sa tendre amanfe, il précédait ses pas ;

Proserpine à ce prix l’arrachait au trépas.

Tout secondait leurs vœux, tout flattait leur tendresse;

Soudain ce faible amant, dans un instant d’ivresse.

Suivit imprudemment l’ardeur qui l’entraînait.

Bien digne de pardon, si l’enfer pardonnait.

Presqu’aux portes du jour, troublé, hors de lui-même,

Il s’arrête, il se tourne.... il revoit ce qu’il aime !

C’en est fait, un coup-d’œil a détruit son boulieur :

Le barbare Pluton révoque sa faveur,

Et des enfers charmés de ressaisir leur proie ,

Trois fois le gouffre avare en retentit de joie.

Orphée ! ah ! cher époux ! quel transport malheureux,

Dit-elle ! ton amour nous a perdus tous deux.

Adieu; mes yeux flottans de nouveau s’obscurcissent;

L’horrible mort jetant son voile autour de moi.

M’entraîne loin du jour, hélas ! et loin de toi.

Elle dit, et soudain dans les airs s’évapore ;

Orphée en vain l’appelle , en vain la suit encore ;

Il n’embrasse qu’une ombre, et l’horrible nocher
De ces bords désormais lui défend d’approcher.

Quatrième livre de la traduction des Géorgiqites
de Virgile, par M. Delille.
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