Musée et l'Ecole Moderne des Beaux-Arts <Paris>   [Hrsg.]
Annales du Musée et de l'Ecole Moderne des Beaux-Arts / Salon — 1817

Seite: 33
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Planche dix-huitième. — Le Lévite d'Ephraim,
Tableau de M. Couder.

Si le public se porte en foule vers quelque endroit
du salon, si l’on se presse , si l’on s’étouffe pour y
arriver, gardez-vous d’en conclure qu’il y ait là quel-
que ouvrage d’un mérite rare, exécuté de main de
maître, et non moins digne de l’estime des connais-
seurs que de la curiosité générale : mais souvenez-
vous que le tableau le plus couru de l’ancien Mu-
sée était ce Juge prévaricateur , que Cambuse fait
écorcher tout vif, sujet d’une vérité dégoûtante et
hideuse; et tenez pour certain, sans trop craindre
de vous tromper , que le tableau qui attire toute
cette multitude , est quelque scène de carnage ,
d’horreur et de sang. Combien de fois n’en avons-
nous pas fait la triste remarque dans ces jours de
larmes et de deuil, dont il faudrait éloigner le sou-
venir , et que penser cl’un artiste qui viendrait aujour-
d’hui nous sournir l’occasion de la renouveler?

Mais s’il se trouve à l’exposition quelque tableau
d’un style austère , d’une expression vraie, sorte, mais
sans exagération, cette même multitude se contentera
d’y jeter un coup d’oeil, peut-être même ne l’aura-
t-elle pas aperçu. Un ouvrage relevé n’a droit de
plaire qu’aux hommes de goût, ne peut attacher
que ceux qui présèrent les émotions louchantes aux
mouvemens convulsiss, aux expéditions cruelles. Aussi
l’artiste, jaloux d’obtenir des succès honorables, ne
se méprendra pas sur l’objet de ses travaux , et saura
toujours à quelle sorte de suffrages il est plus glorieux
pour lui d’aspirer.

On ne peut donc que féliciter M. Couder sur le
sujet de son tableau et sur le choix et la simplicité
des moyens qu’il a mis en œuvre pour le rendre avec
autant de noblesse que d’énergie. Ce sujet, le Lévite
d’Ephraim, est tiré de l’Ecriture-Sainte, et trop
connu pour qu’il soit besoin de le rappeler ici. J. J.
Piousseau l’a retracé dans quelques pages cl’une prose
Salon ch 1817. 5
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