Annuaire de la Société Archéologique de la Province de Constantine — 1.1853

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Vers la fin du dernier siècle, il n'y avait autour des ruines
de la villa romaine qu'un champ de fèves et de maïs. Salah-
bey eut la fantaisie d'en faire une demeure princière. Il y
planta des arbres , répara le large bassin d'où part tout le svs-
terne d'irrigation, et bâtit à côté du bassin 4 une maison à la
mode orientale , avec une colonnade tournée vers le Nord-Est.
Alors il était loin de prévoir que sa destinée le condamnerait
un jour à fonder près de là une chapelle expiatoire pour apaiser
les remords de sa conscience, et s'il faut dire la vérité, pour
satisfaire cette superstition musulmane contre laquelle son
génie naturel n'avait pas su le défendre. C'est une histoire
tragique dont la légende s'est emparée : on ne la raconte
qu'en tremblant.

Tandis que Salah-bey gouvernait la province, et s'efforçait
de lutter contre les préjugés de son temps; tandis que d'une
main il écrasait la révolte incessante des tribus, et que de
l'autre il rallumait le flambeau des sciences, un marabout
influent et vénéré, Sidi Mohammed, dirigeait contre son auto-
rité une opposition acharnée, Salah-bey surveilla ses démar-
ches, et lorsqu'il fut convaincu que cet homme s'était rendu
coupable d'intrigues qui pouvaient nuire à la prospérité du
pays, il le fit prendre et le condamna à mort, malgré sa popu-
larité. Cette sentence fut à peine connue dans la ville, qu'elle
y causa une profonde sensation. Les oulémas se rendirent au
palais, et supplièrent le Bey de révoquer l'arrêt fatal qui frap-
pait le personnage le plus saint de la province. Salah-bey fut
inflexible, il n'était pas homme à hésiter entre la vie d'un
imposteur et le repos de ses sujets. Au jour marqué, une foule
nombreuse de fanatiques se pressait sur le lieu du supplice,
comme pour défier la justice du Bey. Mais le cbaouche fit son
devoir, et la tète de Sidi-Mohammed roula sur le sol ensan-
glanté. On dit qu'en ce moment le corps du marabout se
transforma en corbeau, et que l'oiseau de sinistre augure, après
avoir poussé des croassements lamentables , s'élança à tire
d'aile vers cette maison de plaisance où devaient s'écouler des
jours heureux. Il y jeta une malédiction, puis iî disparut pour
toujours (1). Averti de ce miracle, le Bey conçut des regrets

(1} Salah-bey mourut quelque temps après cet événement, en 1789,
et l'opinion publique ne manqua pas d'attribuer sa mort à la vengeance
du marabout, tl fut étranglé traîtreusement par les agents du pacha
d'Alger, dans la vingt- deuxième année de son règne.
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