Annuaire de la Société Archéologique de la Province de Constantine — 2.1854/55 (1855)

Seite: 120
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la question. Quelques-uns, animés par le sentiment du beau,
nous ont laissé des descriptions détaillées des édifices antiques.
D'autres, entraînés par la curiosité dans le champ des investi-
galions, mais privés du flambeau de la critique, ont essayé de
rattacher à des événements les objets d'art qu'ils contem-
plaient. Ils ont vu leurs efforts s'égarer dans le mirage séduc-
teur de la légende. C'est que les Arabes ont un penchant na-
turel à observer la réalité en visionnaires.

De même qu'ils n'étudient point les secrets de la création,
de peur de porter dans les mystères dont Dieu s'est réservé
le mot, un regard téméraire et impie. De même ils examinent
les phénomènes du génie humain sans concevoir que les pre-
mières nations leur étaient supérieures sous le rapport des
arts, de l'industrie et de la littérature. Plutôt que d'apprendre
les annales du passé, ils acceptent sans examen les récils en-
fantés par l'ignorance de leurs ancêtres, et le savant le plus
estimé chez eux est celui qui a la patience de se faire l'en-
cyclopédiste des erreurs traditionnelles de la nation. Aussi, les
monuments dont on rencontre la description dans leurs ou-
vrages, semblent avoir été vus à travers le prisme de la lé-
gende, comme s'il suffisait dans la religion mahomélane d'avoir
de l'imagination pour comprendre tout ce qui s'est produit
sur la face de la terre depuis son origine. Pour les Arabes,
inventer c'est prouver; et nulle démonstration scientifique
n'aurait la chance d'être accueillie avec autant de confiance
qu'une narration basée sur la puissance des génies ou les
miracles d'un marabout.

Un exemple entre mille. Je prends Carthagc dont les ruines
furent visitées à différentes époques par El-Bekry, El-Abdery,
lbn-Chemmâ et Ibn-Abou-Dinar. Voici des hommes d'un esprit
peu commun, quoique imbus de préjugés. Ils se proposent
de raisonner et de discourir sur les restés d'une grande cité
qui fut la rivale de Rome. Savent-ils seulement ce que fut au-
trefois Carthadjéna ou Karlhakhéna, comme ils l'appellent?
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