Arndt, Paul   [Hrsg.]
La Glyptothèque Ny-Carlsberg: les monuments antiques (Texte) — München, 1912

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B. Fragment de relief.

Marbre pentélique, d'après M. Lepsius. Hauteur o,m3o; largeur o,mi85. Revers lisse. Bordure à
droite et en haut. Il n'y a pas trace d'une seconde plaque contiguë à droite. L'authenticité du relief ne peut
être mise en doute.

Il est fort difficile de reconnaître quel était le sujet de ce monument. On distingue
d abord trois femmes âgées, vues à mi-corps, debout et tournées vers la gauche, l'himation
ramené sur la tête à la manière d'un voile. Deux d'entre elles portent la main droite à leur
menton. Les rides de leur cou indiquent leur âge; on ne saurait un instant hésiter sur leur
sexe, bien que leur poitrine ait fort peu de relief. Au devant de ces femmes on aperçoit la
tête et le cou d'un animal passant à droite: je crois que c'est un cheval, ou peut-être un
mulet. Ce qui est étrange, c'est que le mufle est coupé net au tiers de sa longueur; il n'a jamais été
sculpté tout entier, mais s'arrête là où s'arrête le relief lui-même, qui est complet à son côté droit.
Quel peut être le sens de cette scène singulière? Que signifient ces quatre personnages,
trois vieilles femmes et un cheval? Notez que le cheval semble animé d'un mouvement fort
rapide, car sa tête est presque horizontale: il y a donc quelque apparence qu'il portait un cavalier.
M. Paul Herrmann suppose qu'on a voulu représenter ici l'arrivée de Persée chez les Grées,
tout en reconnaissant d'ailleurs que cette interprétation soulève plus d'une objection. A vrai
dire, le fait que nos trois femmes ont toutes des yeux, tandis que la légende ne donne aux trois
Grées qu'#» œil et qu'une dent, dont elles se servaient tour à tour, est ici de peu d'importance:
à ce propos M. Herrmann rappelle avec raison le miroir étrusque publié dans les Monumenti
(IX, 56, 2) (1), où les Grées (au nombre de deux seulement) paraissent avoir chacune deux yeux;
et l'on peut admettre, d'une manière générale, que l'art plastique, lorsqu'il s'agissait de détails de
cette sorte, a tenu peu de compte des traditions légendaires transmises par les écrivains. Mais
l'hypothèse de M. Herrmann se heurte à des difficultés d'une tout autre gravité. En premier
lieu, on ne s'expliquerait guère l'attitude tranquille et placide des trois Grées; il semble qu'elles
devraient bien plutôt se lamenter et pousser des cris en voyant qu'on leur ravit leur bien. Dira-t-on
que l'artiste a représenté le départ de Persée, le moment où il s'éloigne des Grées, après leur
avoir donné satisfaction? Mais, en ce cas, elles devraient suivre des yeux la fuite du cheval, au
lieu de regarder dans le sens opposé. D'autre part, comment Persée pourrait-il être à cheval?
11 ne monte Pégase qu'après avoir tué Méduse, et c'est grâce à ses fameux brodequins ailés
qu'il arrive chez les Gorgones. Je conviens pourtant que ces brodequins lui sont donnés par
les Nymphes, dont les Grées lui ont indiqué la demeure, en sorte qu'à la rigueur on pourrait
admettre qu'il est venvi jusque chez les Nymphes à cheval et non à pied.

La valeur de tous ces arguments est si contestable qu'à mon avis la signification vraie
de notre fragment ne saurait être établie d'une façon décisive. Un dernier essai d'interprétation,
dont a bien voulu me faire part M. Heinrich Bulle, est le suivant: le relief représenterait
un cortège funèbre, comme, par exemple, les pinakes attiques archaïques du Musée de Berlin
(Festschrift fur Overbeck, pi. I). Je dois avouer que cette hypothèse ne me plaît que médiocrement:
en premier lieu, s'il s'agissait ici d'un cortège funèbre, nous trouverions, semble-t-il, sur le relief
un attelage composé d'au moins d eux bêtes de trait; d'autre part, les chevaux devraient porter
le harnais (2); j'ajoute que l'unique cheval sculpté sur le marbre paraît, si l'on en juge par la
position de la tête, animé d'un mouvement violent qui ne peut guère convenir à une bête attelée.

(1) Cf. Ann. dell'Itut. 1873, p. 126 et suiv.

(2) Sans doute on peut objecter que le harnais était figuré par des traits colorés; notons toutefois que le marbre ne porte aucune
trace de peinture.
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