Arndt, Paul   [Hrsg.]
La Glyptothèque Ny-Carlsberg: les monuments antiques (Texte) — München, 1912

Seite: 40
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antique et appartient à la statue. Au contraire le pied droit à partir du haut de la cheville est moderne.
La cuisse gauche a été brisée dans son milieu. La plus grande partie du pied gauche est en plâtre ainsi
que les doigts. Le tronc d'arbre est antique. Quant à la plinthe, elle n'est ancienne que dans la partie
située sous le talon du pied gauche et sous le tronc d'arbre; tout le reste est moderne (en marbre).
Entre les jambes se trouvait un étai. Le membre viril, infibulé, est antique. Le dos est intact. Les yeux,
qui étaient incrustés, sont perdus.

Le nom sous lequel est connue cette statue est certain, car on possède au Palais des Con-
servateurs une réplique de la tête, accompagnée d'une inscription (i). C'est avec raison, paraît-
il, qu'on a donné au poète les attributs d'un joueur de lyre. En effet, sur une monnaie de Téos (2),

qui semble dériver du même original que la statue de la
collection Jacobsen, Anakréon porte la lyre dans la main
gauche (3). Par suite la figure devait tenir le plectron
de la main droite. La restauration adoptée est du reste
d'accord avec l'attitude du corps; car la tête se tourne
légèrement de côté, comme si le poète prêtait l'oreille
aux sons de son instrument, et, dans plusieurs copies, la
bouche est entr'ouverte (4). Ce dernier détail qui, dans
une œuvre du 4me ou du 3me siècle, n'exprimerait qu'une
tendance au pathétique ou à la sentimentalité, a certaine-
ment dans une statue du 5me siècle une signification
précise; il indique que le personnage chante en s'accom-
pagnant de la lyre, et qu'il est à la fois et poète et
rhapsode.

Le vêtement consiste seulement en une courte chlaina,
jetée autour des épaules. C'est le léger costume des Comastes, les adorateurs de Dionysos (5); il
sied au joyeux chanteur de l'amour et du vin.

Nous trouvons ici un exemple bien visible de l'infibulation du membre viril. Si singulière
et barbare qu'elle puisse nous paraître, cette coutume était de tradition dans le monde des artistes
dionysiaques, auquel appartient notre poëte en sa qualité de joueur de lyre. Tous ceux qui
tenaient à conserver leur vigueur intacte, les athlètes d'abord et aussi les artistes, se faisaient percer
le prépuce de deux orifices par lesquels passait un fil, afin de rendre impossible tout rapproche-
ment sexuel ou même tout écoulement involontaire du sperme. Le membre ainsi maltraité était
alors relevé et attaché par les bouts du fil (6). Plus tard, quand les lèvres des plaies s'étaient
cicatrisées et durcies, le fil était remplacé par une épingle ou un anneau de métal. Comédiens
et musiciens se faisaient opérer de la sorte, soi disant pour se conserver la voix (7). Mais que
celui que nous considérons comme le chantre de l'amour xax ê^o'^rjv ait lui aussi sacrifié à cette
étrange pratique, voilà qui est fait pour étonner, et nous avons bien le droit de croire qu'il ne
s'y est résigné que dans un âge avancé.

(1) Ilelbig, Fiïhrer I, n° 594.

(2) Jahn, Darstellungen grkchischer Dichter au/ Vasenbildern, p. 732, pi. VIII, 7; British Muséum, Catalogue Jonia pi. XXX, 16;
Biirchner, Griech. Mùnzen mit Bildnissen historischer Privatpersonen, dans la Zeitschrift fur Numismatik de Sallet, 1882, p. 117; Visconti,
Iconographie grecque, éd. 1824, p. 98; Head, Ilistoria nummorum, p. 512; Baumeister, Denkmàler, p. 80. Cf. la fig. 17, exécutée et agrandie
d'après une empreinte que je dois à l'obl'geance de M. Barclay V. Head.

(3) Suivant une aimable communication de M. Imhoof-Blumer, cette monnaie ne lui est connue que par l'exemplaire du
British Muséum.

(4) Cf. Kekulé dans le Jahrbucli d. Inst. '892, p. 122.

(5) Qu'on compare, par exemple, la peinture de vase reproduite dans Baumeister, Denkmàler s. v. Komos, p. 789, fig. 847.

(6) Comparez Fr. Hauser dans Philologus LU (N. F. VI), 2, p. 212.

(7) Stephani, Compte-rendu 1869, p. 149 et suiv.

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