Arndt, Paul   [Hrsg.]
La Glyptothèque Ny-Carlsberg: les monuments antiques (Texte) — München, 1912

Seite: 41
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Une statue d'Anakréon se dressait sur l'Acropole d'Athènes à côté de celle de Xanthippe,
le père de Périklès. Pausanias (I, 25, 1) la décrit ainsi: «L'attitude (du poëte) est celle d'un
nomme qui chante dans l'ivresse» (xai 01 rb o%vj[jiâ êanv oîov qôovxoç âv êv [léêrj yévoizo âv&Qénov).
Les épigrammes de Léonidas et d'autres poètes postérieurs (1) visaient-elles cette statue d'Athènes ?
On ne peut le déterminer avec certitude, et la chose, au surplus, importe peu à notre recherche. Mais
il est très probable, comme Kekulé l'a indiqué (2), que notre statue et toutes ses répliques ont
eu cette œuvre attique pour prototype. L'analogie qu'elles semblent présenter avec l'effigie de la
monnaie de Téos ne saurait être invoquée comme un argument contraire à cette théorie. Quant à la
qualification d'homme ivre attribuée par Pausanias à la statue d'Anakréon, il faut savoir l'interpréter.
C'est bien le joyeux chantre de l'Ionie, l'auteur des vers légers à la gloire du vin et de l'amour,
que nous montre notre statue; il est animé d'une émotion assurément fort éloignée de la gravité
de l'homme sobre. Mais d'ivresse proprement dite, nous n'en trouvons pas de trace, et si Pausanias
force l'expression, la raison en est peut-être tout simplement que le Périégète a mal choisi sa
place pour considérer la statue. En effet, si nous nous mettons droit en face d'elle, telle que
nous la montre notre phototypie, le poëte nous apparaît dans une pose calme et ferme. Mais
si nous changeons un peu notre point de vue, si nous nous rapprochons du côté du tronc d'arbre,
de façon à voir la figure à peu près telle que la montre la planche des Denkmàler {$), le poëte
nous semblera chanceler et son attitude manquera d'aplomb. On ne peut guère admettre que
l'artiste ait voulu produire cette impression. En réalité, l'Anakréon Jacobsen, comme la plupart
des sculptures du Vme siècle, est fait pour être regardé d'un lieu déterminé, et toute reproduction
photographique qui ne tient pas compte de cette nécessité, est insuffisante ou fait même naître,
comme c'est ici le cas, une impression fausse. La statue placée sur l'Acropole étant dégagée
de tous les côtés, Pausanias peut avoir fort bien commis la même méprise que tel photographe
de nos jours.

On s'est encore servi du passage de Pausanias cité plus haut pour essayer de retrouver

l'auteur de la statue d'Anakréon. Avec Furtwângler (4) et Salomon Reinach (5), je considère toutes

les tentatives faites dans ce sens comme manquées, au moins dans leur partie essentielle. Brunn (6)

indiqua le premier, avec grande vraisemblance, le motif qui avait fait placer la statue d'Anakréon

a côté de celle de Xanthippe; il rappela le lien étroit qui unissait les deux personnages à la famille

de Pisistrate; de plus, il émit la séduisante hypothèse, que c'était à l'intervention de Périklès,

nls de Xanthippe, que les deux statues avaient été consacrées. Jusque là nous pouvons suivre

Brunn, mais ce serait étrangement s'aventurer que d'accepter le reste de ses hypothèses. Les deux

statues seraient en effet, suivant lui, l'œuvre du même artiste, qui nous est connu aussi comme

auteur d'une statue de Périklès, et qui jouissait d'un grand renom comme sculpteur de portraits,

e Krésilas. Kekulé (7) a tenté d'apporter une preuve à l'appui de cette conjecture fantaisiste de

runn (8); il s'est fa;t fort de montrer que jes têtes de périklès qui nous sont parvenues et qui

tres probablement dérivent de l'original de Krésilas, sont du même style que la tête de l'Ana-

r on. C'est là, à mon avis, une tentative infructueuse, et Furtwângler (9) en a déjà montré avec

Peine raison l'inanité. Je suis complètement d'accord avec ce dernier lorsqu'il dit que les têtes

(0 Cf. Hitzig-Bliimner, Pausaniae descriptio I, 276; Pauly-Wissowa, Rtalencyclopâdie, s. v. Anakreon, col. 2039; Welcker, Kleine
S^ri/ten, 1, p. 266> Anm_

(2) Jahrbuch d. Inst. 1892, p. 125.

(3) Brunn-Bruckmann, Denkmdler, pi. 426.

(4) Meisterwerke, p. 93, note 6.

(5) Revue archéolog. ,3,3, p. 53 _ chronique d'Orient XXVI, p. II.

(6) Anacreonte, strenna festosa offerta al chmo Cav. Welcker ecc, p. 13 et suiv.

(7) Jahrbuch d. Inst. 1892, p. 124 et suiv.

(8) Cf. Six, Jahrbuch d. Inst. 1892, p. 188, note 19.

(9) Meisterwerke, p 93, note 6.
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