Arndt, Paul   [Hrsg.]
La Glyptothèque Ny-Carlsberg: les monuments antiques (Texte) — München, 1912

Seite: 113
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PLANCHE 71.

Tête colossale de Dionysos.

Hauteur om, 47. La partie inférieure du buste, qui a été cassée et dont la cassure est actuellement
recouverte d'un enduit, est peut-être moderne. Partout ailleurs la tête est intacte. Elle était certainement
destinée à une statue; on le voit à la partie dégrossie qui devait s'encastrer dans le tronc. La moitié
supérieure de la tête, à droite, s'est détachée. Au-dessus du crâne, un trou de om, 085 de profondeur, dont
je ne peux pas garantir l'antiquité. Une fissure traverse le visage en diagonale. La tête se trouvait autrefois
dans la collection du comte Tyszkiewicz, qui l'avait achetée à Rome.

La tête du dieu est ornée d'une guirlande de raisins. Autour du front court le bandeau
dionysiaque, dont les extrémités vont se perdre au-dessus des oreilles. Les traits du visage
dégagent une expression excessivement bestiale, sans que pourtant la nature animale du dieu
soit rappelée directement par des attributs empruntés au monde animal, tels que les cornes, les
oreilles pointues. La large base du nez, le nez lui-même volumineux, au dos épais, les yeux
fortement écartés l'un de l'autre, les sourcils remontés vers les tempes, le regard convergent,
la bouche ouverte avec ses grosses lèvres sensuelles impriment à ce visage quelque chose de la
bestialité d'un taureau. Chez le dieu comme chez cet animal, toute la force paraît être concentrée
dans le front et le nez. En empruntant au taureau les traits de la figure divine, on a probablement voulu
symboliser la puissance génératrice, l'ardeur et l'impétuosité de Dionysos. Il y a peu de têtes
antiques de Dionysos, sur lesquelles l'auteur ait réussi à imprimer d'une manière aussi claire et
aussi sensible le caractère fondamental de cette divinité, sans l'aide des attributs extérieurs de
1 animalité. 11 est très intéressant et aussi très instructif, précisément à cause des contrastes, de
comparer notre tête avec celle de la statue dite de Sardanapale, quelque peu postérieure (1).
landis que l'exemplaire de Copenhague ne représente que le caractère physique et élémen-
taire de la nature du dieu, le Sardanapale, lui, le supprime, pour ainsi dire, entièrement. Les
traits n'offrent plus la moindre trace de cette fougue sauvage et effrénée, de cette brutalité
mipétueuse qui constitue le caractère essentiel du Dionysos Jacobsen. C'est un homme qui
jouit paisiblement de la vie, et qui ne perd jamais de vue les convenances et la distinction; une philo-
sophie douce et sereine ennoblit sa sensualité: à mon avis, c'est une des plus belles œuvres
ue 1 art antique, que, seul, un maître tel que Praxitèle a pu concevoir.

La forme du front nous fournit un point de repère pour fixer la date où fut créé le type
^u Dionysos Jacobsen. Il se termine déjà en pointe, et cette forme ne se rencontre pour la
première fois que vers la fin du Ve siècle, pour devenir ensuite d'un usage général à l'époque
Qe Praxitèle. La disposition de la chevelure et de la barbe, qui présente encore des traces du
style antérieur plus sévère, convient également à cette époque de transition.

L'exécution de la tête n'est pas bien remarquable ; ce n'est qu'un bon travail dans le genre

coratif; "e traitement de la barbe, où l'on aperçoit encore les trous du foret, est même tout à fait

ordinaire. Malgré cela, cette tête, plus grande que nature, est extraordinairement imposante et même

majestueuse en son genre. Une petite tête de Dionysos, de giallo antico, que possède M. Aug. Holm-

)erg, directeur de la nouvelle Pinacothèque de Munich (2), rappelle par plus d'un trait le marbre

e Copenhague; mais elle ne peut lui être comparée, même de loin, ni par les dimensions ni

Par la bonté du travail.

Catalogue (1898) n° 191.

(1) Brunn-Bruckmann pi. 381.

(2) Arndt-Amelung, Einsdaufnahvun, n° 1045.
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