Arndt, Paul   [Hrsg.]
La Glyptothèque Ny-Carlsberg: les monuments antiques (Texte) — München, 1912

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§ 6. Les mutuli et les antepagmenta.

Supra trabes et supra parietes trajecturae mutulorum parte quarta altitudinis columnae
proiciantur: item in eorum frontibus antepagmenta figantur.

Nous sommes habitués à appliquer le terme mutulus aux plaques à gouttes de la corniche
dorique, lesquelles, selon l'opinion bien connue de Vitruve, adoptée aujourd'hui par la majorité
des architectes, sont une survivance de la charpente en bois. Originairement, les muiuli étaient
donc les extrémités saillantes des chevrons (cantherii), au dessus des triglyphes (95). Mais on
donne aussi le nom de muiuli aux saillies horizontales des poutres, voire même à l'ensemble des
poutres horizontales formant consoles, comme on en voit à la porte de Pouzzoles (96); et c'est
ce sens-là qui convient ici. La partie surplombante des mutuli doit égaler en longueur le quart
de la hauteur de la colonne, soit 7/4 de module (97).

Mais sur quels côtés du temple étaient les mutuli (98)? La plupart des commentateurs
(Rode, Stieglitz, Genelli, etc.) ont pensé qu'ils existaient autour de l'édifice entier, ce qui semble
en effet, tout d'abord, correspondre aux expressions de Vitruve. Mais, sans parler des objections
d'ordre pratique comme celles qu'a formulées Hubsch (99), cette disposition est peu vraisemblable
à cause de la forme qu'ont les bords du toit sur les côtés; nous verrons plus loin, en effet, que
ces bords sont formés par les extrémités de chevrons posés obliquement et faisant une forte saillie.
Or, des mutuli,- posés horizontalement sous ces chevrons et ayant une saillie moindre, n'auraient
pu avoir qu'une destination: c'eût été de reporter plus loin vers l'extérieur le bord du toit et
d'atténuer l'inclinaison de ses pentes, comme dans les maisons du Tyrol et de la Haute-Bavière.
Mais alors il aurait fallu des corbeaux, trabiculae, comme on en trouve, par exemple, au toit
de la porte de Pouzzoles (100). Ces corbeaux, Uurm croit les reconnaître dans les templa men-
tionnés plus loin; seulement, il oublie un passage de Vitruve où les templa sont décrits, tout
au contraire, comme des pièces de bois posées sur les cantherii; supra cantherios templa (101).
Donc, puisque Vitruve ne parle point de corbeaux, bien qu'il énumère toutes les différentes parties
en bois, il me paraît impossible d'admettre une saillie des mutuli sur les longs côtés. Au contraire,
rien n'est plus à propos sur les petits côtés, où le toit, en raison de sa forme, ne donnait aucun
abri. Et cette disposition s'accorde excellemment avec le texte de Vitruve; car ainsi les traiecturae
mutulorum courent à la fois sur les trabes et les parietes, perpendiculairement aux petits côtés de
l'édifice et parallèlement aux longs côtés. C'est pourquoi la seconde reconstruction de Choisy,
dans l'ouvrage de Martha, doit être approuvée sur ce point. Quant aux monuments qui con-
firment cette façon de voir, il y a, au premier rang, le bas-relief bien connu de Berlin, déjà cité
par Abeken(i02). Les tuiles creuses, qui s'y laissent reconnaître de distance en distance sur la
base du fronton, indiquent clairement une corniche horizontale ayant une notable saillie, tandis
que c'est le toit même, fortement prolongé, qui abrite les faces latérales. La corniche horizontale

(95) C'est ce sens que donnent à muiuli Canina (Etr. maritima, p. 153 sqq., pi. 122 sqq.; — cf. Architecture: antica, II, pi. 78 et 84)
et Klenze (Denkschr. d. bayer. Akad. d. IViss., 1821, p. 36 sqq.).

(96) Wiegand, Die puteolanische Bauinsclirift sachlich erlàutert, Leipzig, 1894, pi. II, p. 736 sq.

(97) C'est là ce que souvent on n'a pas compris, malgré la clarté des termes de Vitruve. Perrault, suivi par Marquez, croyait que
la hauteur de l'architrave avec la frise et la hauteur des mutuli devaient, réunies, égaler le quart de la hauteur des colonnes. Galiani avait
conjecturé latitudinis au lieu de altitudinis columnae; à quoi on a objecté avec raison que Vitruve ne dit jamais latitude pour les colonnes,
mais seulement crassitudo. llirt changeait traiectura mutulorum en proiectura et proiciantur en Iraiciantur; contre cette opinion, cf. Hubsch,
Ueber griech. Architectur, Ileidelberg, 1821, p. I ff. — Semper croyait que les mutuli devaient poser sur l'architrave et les murs « à une hauteur
égale au quart de l'élévation des colonnes » ; mais, pour un objet qui doit faire saillie, ce qui importe avant tout, c'est la longueur de sa saillie,
et non à quelle hauteur il est au dessus d'un autre.

(98) Martha (p. 276) admet trop aisément, comme si cela allait de soi, que proicere indique une saillie « en avant de la façade >.

(99) Il se prononce énergiquement (pp. /., p. 10) contre tout système consistant à croiser les poutres ou à les entailler.

(100) Wiegand, op. /., p. 741 sqq.

(101) Vitr., IV, 2, § 2, p. 88, 15.

(102) Catalogue, 1222; Martha, op. I, p. 279, Fig. 187; Micali, Mon. ined., pi. XXII, 1; Abeken, op. I., pi. VIII; Reber, Kunstgesch.
d. Altert., p. 391; Canina, Etr. mar., II, pi. 122, Fig. 5.

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