L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 1)

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DE LA NATIONALITÉ DANS L'ART. 7

elle lui assura une pension de 1,000 livres pour le récompenser du soin et du talent qu'il avait déployés
dans la sculpture d'une nouvelle chaise percée.

Cet amour de l'art pour l'art lui-même, en vue des seules jouissances qu'il procure et en dehors
de toute vanité, n'est pas, en somme, aussi commun qu'on pourrait l'imaginer. Parmi les amateurs,
combien en trouverait-on qui cherchent dans leurs collections autre chose que le moyen de mériter
précisément ce titre d'amateur qu'ils ambitionnent pour en faire parader Combien yen a-t-il qui dans
les œuvres d'art ne voient que l'art et qui ne les recherchent que pour la joie de leurs veux?

La marquise de Pompadour, à défaut d'autres mérites, a eu celui-là. Dans cette vie de comé-
dienne où tout fut mensonge, il n'y eut qu'une vérité, le goût des arts; dans la longue hypocrisie
de ce rôle qu'elle s'imposa au profit d'un égoïsme insatiable et d'une ambition ridicule, il n'y eut qu'un
amour vrai, l'amour des belles choses. 11 est vrai que cet amour est encore un égoïsme, puisque
c'est une jouissance, mais c'est un égoïsme avouable, honnête, de source et de nature élevées. 11 n'est
que juste de lui en tenir compte.

Eugène Véron.

DE LA NATIONALITÉ DANS L'ART1

Le livret des expositions annuelles de l'Académie anglaise est toujours orné d'une devise, courte
citation d'un auteur bien connu que les artistes et le public, selon l'opinion de l'académicien qui
arrange le catalogue, pourraient méditer avec fruit. Ainsi le livret de 1851 portait une citation du
célèbre poëte Dryden :

The peneil speaks ihe longue oj every land.

Ce vers est joli par sa forme littéraire irréprochable et reste pour toujours dans la mémoire. Il
dit simplement que le pinceau parle une langue universelle, mais il le dit bien, et laisse le lecteur peu
disposé à se demander jusqu'à quel point le poëte avait raison.

11 est vrai, sans doute, que certaines idées élémentaires peuvent être facilement communiquées par
le dessin à des personnes de nationalité différente, ne parlant pas la même langue. Cela est si vrai qtie,
si vous voulez voyager parmi des populations ne sachant aucune des deux ou trois langues que vous
pouvez savoir, vous trouverez fort commode, et même à peu près indispensable, l'emploi de l'art du
dessin; mais il faut dessiner d'une manière simple et explicative, en laissant complètement de côté
toutes les subtilités de l'art raffiné et délicat. 11 faut éviter les raccourcis, employer l'ombre avec la
plus grande précaution et simplement pour aider à définir les objets ; il faut surtout éviterle mystérieux,
le fugitif, l'insaisissable. Vous pouvez alors dessiner une fourchette et l'on vous apportera une four-
chette; une poire, et l'on ne vous apportera pas un œuf parce que vous aurez pris la sage précaution
d'indiquër clairement la petite queue du fruit. Quelquefois, malgré l'universalité de la langue que
vous employez et la clarté évidente de vos explications dessinées, il vous arrivera d'être un génie
incompris. Vous dessinerez, par exemple, un champignon avec une fidélité de botaniste, et l'on
vous apportera un parapluie.

Tout cela est utile pour un voyageur, et il serait facile de citer des anecdotes à l'appui, mais
quand même le simple dessin d'un objet serait universellement intelligible, ce qui est loin d'être
vrai, ce ne serait point encore une preuve de l'intelligibilité universelle de cette émanation de l'esprit
humain que nous appelons l'art dans le sens élevé du mot. Quand il s'agit des pensées et des senti-
ments que des, artistes éminents ont exprimés par la peinture, nous avons besoin de considérer toute
autre chose que l'imitation reconnaissable des objets. Il est clair que là où le Titien, qui était Italien,

1. L'auteur de cet article, peu habitué ù écrire en français, doit invoquer l'indulgence du lecteur. Il sait que le français d'un
étranger ne sera jamais élégant, mais il craint moins ce défaut de forme que la perte de substance essentielle qui a lieu si souvent
dans une traduction.
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