L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 1)

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que l'art occupait dans leur civilisation ; mais , pour préserver ces monuments d'une destruction
rapide, il fallait les soustraire aux influences atmosphériques, et on ne pouvait pas couvrir Pompéi
d'une toiture, enfermer toute une ville dans un palais de cristal. 11 est déjà bien assez fâcheux
d'être obligé d'abandonner à l'action destructive du vent et de la pluie presque tous les monuments
de la peinture décorative et ornementale. Même parmi les compositions à figures, on ne transporte à
Naples que celles qui peuvent s'enlever sans trop de difficultés. Les plus grandes sont laissées en place
et condamnées à disparaître dans quelques années; on ne les connaîtra plus que par les gravures qui les
reproduisent plus ou moins exactement. Quant à la photographie, si précieuse pour la reproduction des
statues, on sait combien elle est insuffisante pour rendre les peintures ; non-seulement elle fausse
les valeurs d'ombre et de lumière, en faisant paraître certaines couleurs trop noires et d'autres trop
claires, mais les crevasses de l'enduit, les parties détériorées, dont l'œil fait abstraction devant l'œuvre
originale, sont soulignées dans la photographie avec une crudité agaçante, et il faut un véritable

Peinture antique, d'aprè,s une aquarelle de M. Louis Ménard. [Uutit national Je Naples.)

travail pour retrouver, à travers les taches inégales du plâtre, la pensée artistique d'une fresque aux
trois quarts effacée.

Les anciens attachaient autant de prix aux œuvres de leurs peintres qu'à celles de leurs
sculpteurs; mais par la nature de ses procédés et des matériaux qu'elle emploie, la peinture devait
souffrir des ravages du temps bien plus encore que la sculpture. Non-seulement il ne nous est
parvenu aucun des tableaux célèbres de l'antiquité, mais nous n'avons pas en peinture l'équivalent
des sculptures d'Egine, d'Athènes et de Phigalie. Nous n'avons pas même de copies des tableaux
célèbres, tandis qu'il y a dans nos musées des statues de l'époque romaine qu'on sait être des
imitations d'ouvrages de maîtres. Il serait donc injuste de juger la peinture antique d'après les
échantillons qui sont parvenus jusqu'à nous. Nous savons qu'à côté des peintres de style il y avait
des peintres de genre, des réalistes; nous savons même qu'on se préoccupait des effets de lumière
et de couleur; c'est du moins ce qu'on peut induire de l'anecdote des raisins de Zeuxis, même en
la regardant comme apocryphe, car le trompe-l'œil n'est possible que par la vérité du ton. Cependant
aucune des peintures antiques que nous connaissons ne nous autorise à supposer qu'il y ait eu dans
l'antiquité de véritables coloristes comme les Vénitiens ou les Flamands. Non-seulement les anciens
ignoraient les lois de la perspective, mais jamais leurs compositions ne se développent dans le sens
de la profondeur. Elles n'ont qu'un planj, et il semble que pour eux la peinture n'est qu'une
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