L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 1)

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LE FILS DE GAVARNI. M

transformation du bas-relief; elle subit les lois de la sculpture. C'est exactement le contraire
qui s'est produit depuis la Renaissance ; la plupart des bas-reliefs modernes, à commencer par les
admirables portes de Ghiberti, sont de véritables tableaux.

Ce caractère sculptural de la peinture antique se remarque surtout dans deux fresques placées
dans la dernière des salles du rez-de-chaussée au musée de Naples. L'une représente des cavaliers
auxquels une femme présente une coupe; dans l'autre est figurée une danse sacrée de femmes se
donnant la main de deux en deux, de façon à former une chaîne. Henry Houssaye, dans son voyage
en Grèce, a vu exécuter cette danse par les femmes de Mégare, un jour de grande fête. J'ignore
s'il a été publié quelque travail sur ces peintures, je ne crois pas qu'elles aient été gravées. Le cata-
logue général les désigne comme des peintures étrusques ; un gardien, me voyant occupé à en prendre
un croquis, me dit qu'elles avaient été trouvées à Pœstum, dans un tombeau. Malgré l'insuffisance de
ces renseignements, je ne crois pas me tromper en regardant ces deux fresques comme des peintures
grecques, peut-être les plus anciennes qui existent. Les armes des cavaliers, les petits drapeaux qu'ils
tiennent à la main, se retrouvent dans des peintures de vases du beau style. Les figures forment une
procession se déroulant sur le fond uni et sans couleur de la fresque, et sont encadrées par deux
bandes d'une ornementation très-simple, dont les éléments se répètent d'un bout à l'autre. Le dessin
est large et librement exécuté, les formes sont pleines de noblesse, la coloration est à teintes plates,
avec peu d'indications du modelé. C'est dans ce caractère que je me figure les peintures de la Leschè
de Delphes et du Pœcile d'Athènes.

Louis Ménard,

Docteur es lettres.

(La suite au prochain numéro )

LE FILS DE GAVARNI

Quelle que soit la position que l'on occupe, hériter d'un nom illustre est toujours un lourd
fardeau : mais, pour un artiste surtout, je ne connais point de situation plus difficile que d'être le fils
de son père, si ce père a été l'un de ces triomphateurs incontestés qui ont ceint le vert laurier et n'ont
point à redouter que la postérité les découronne.

Gavarni!... Ce nom seul en dit plus que de longs commentaires; en l'entendant résonner, chacun se
retrace une des physionomies les plus originales'de ce siècle, un des esprits les plus investigateurs
de notre temps, un type, — dans le sens le plus élevé, — de distinction et d'élégance accomplies,
un artiste prodigieusement doué, doublé d'un savant digne d'être sérieusement apprécié, un charmeur
inconscient qui conquérait magnétiquement toutes les sympathies, nature d'élite, oui, mais nature
excellente sous sa misanthropie, et encore bien imparfaitement connue, qui avait la pudeur de ses
supériorités et aimait à se dérober. Ce que le public sait le mieux de lui, — tout en ne le possédant
qu'à la surface, — c'est l'anatomiste si sûr qui fouillait impitoyablement le cœur humain de la pointe
acérée d'esprit de son crayon railleur, redoutable scalpel de ce Dupuytren artistique. Le reste, malgré
tant de remarquables écrits consacrés à l'homme et à son œuvre, est demeuré lettre close bien plus
qu'on ne le croit généralement.

Un tel homme est une personnalité trop haute pour se répéter dans la génération qui lui succède.
On ne continue pas Gavarni. Aussi, porter ce nom glorieux et rêver pour lui une gloire nouvelle, non
à la suite, mais à côté de celui qui l'a fait grand, c'est là une de ces audaces qu'on est toujours chari-
tablement porté à qualifier de présomptueuse, quitte, si le succès la couronne, à faire prompte volte-
face et à se montrer l'un des fervents adorateurs de l'astre levant.

M. Pierre Gavarni a, sans hésiter, vaillamment tenté l'aventure. Nature très-résolue, très-élevée
sous des apparences de froideur, de calme profond et même d'indifférence, qui doivent dérouter les
esprits superficiels et écarter de lui le vulgaire, il a eu raison d'avoir pleine confiance dans la valeur
qu'il sentait en lui, tout en reconnaissant que le but auquel il tendait était de ceux que l'on n'atteint,
si bien doué que l'on soit, qu'à force de travail persévérant, de constantes études, de sévérité inflexible
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