L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 1)

Seite: 16
DOI Artikel: DOI Seite: Zitierlink: i
http://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/art1875_1/0024
Lizenz: Creative Commons - Namensnennung - Weitergabe unter gleichen Bedingungen Nutzung / Bestellung
0.5
1 cm
facsimile
envers soi-même, de passion incessante pour le mieux; — il a mis son honneur, et on ne peut trop
l'en féliciter, à rendre le plus noble hommage à la mémoire de son père en voulant être quelqu'un
après lui et en y parvenant.

Je ne saurais dire toute la joie que j'ai ressentie en voyant, au Salon, l'an dernier, sa personnalité
se dégager avec éclat. Après avoir étudié ses trois aquarelles, je n'ai plus su m'en détacher; toute
l'exposition était là pour moi, et je me suis fait un devoir de ne pas ménager les applaudissements à
cette révélation exquise où tout, jusqu'aux incorrections, était artiste au possible '. Ce n'était que des
aquarelles, au dire des dévots de sainte Routine; — en effet; — mais elles mettaient en lumière un
tempérament qui sentait et faisait nouveau, nouveau et vrai comme personne.

Donnez-nous du nouveau, n'en fût—il plus au monde !

répétaient depuis si longtemps, à tous les échos, les passionnés et les délicats qui fuyaient les poncifs,
les rengaines, les pastiches, les vieilles ficelles, le fond habituel de tous les Salons et la source inva-
riable des bâillements et des migraines de quiconque a souci de l'Art. Leur vœu était enfin exaucé.

Comme son père, M. Pierre Gavarni est avant tout de son temps; mais le terrain qu'il a choisi est
une mine inexplorée. Ne cherchez point en lui un Balzac du crayon ou du pinceau; il ne poursuit qu'une
chose, retracer sincèrement, — comme le firent, au temps de leurs grandes écoles, les Hollandais
et les Flamands, — la société actuelle, le fait que nous côtoyons chaque jour, le milieu dans lequel
nous nous mouvons; il entend prouver avec la même conscience qu'eux, mais sans trace d'imitation, et
il le prouve, que les scènes les plus ordinaires de l'existence, une simple promenade au bois, une
rencontre, une partie de croquet, l'escalier de la Madeleine que gravit une noce, les épisodes d'un
champ de course, constituent des éléments très-artistiques sans en excepter l'habit noir, le chapeau
en tuyau de poêle, tout le costume masculin de ce temps que l'on n'a mis à l'index que par impuis-
sance absolue; trois aquarelles ont suffi à la démonstration et elle a été tellement éloquente, — il
est bon de le rappeler, — que le jury s'est honoré en médaillant le jeune artiste.

Enseignement précieux et véritable signe des temps : pendant que triomphait ce révolutionnaire
modeste qui était le dernier à se vanter de son prompt succès, s'effondrait sous un jugement sans
appel une des renommées les plus usurpées qui aient jamais existé; un nombre considérable de
tableaux de M. Ingres se trouvaient réunis à l'exposition ouverte dans les salons de la présidence du Corps
législatif en faveur des Alsaciens-Lorrains, et l'on se demandait avec stupéfaction ce qui avait jamais
pu motiver tout le bruit fait autour et en l'honneur de ce nom. Nul, en voyant tant de monstrueuses
hérésies de dessin, une si complète absence de science anatomique, tant de moignons informes,
toutes ces jambes veuves de muscles mais engorgées de varices, ce tas d'amours en baudruche et
cependant de la plus pesante lourdeur, ce maréchal de Benvick incliné devant ce roi d'Espagne dont
l'inepte aspect constitue un crime de lèse-majesté, ce duc de Berwick qui, s'il se redressait, briserait
le cadre de sa taille géante haute de vingt ou trente tètes, cette incroyable composition de Y Age d'or,
qui révèle une ignorance radicale des lois les plus élémentaires de toute composition, ce coloris, dont
il y aurait cruauté à parler, tant il n'existe à aucun titre quelconque, — cela n'a pas même le déplo-
rable mérite d'être gris ou ardoise, — nul, dis-je, en contemplant avec tristesse cet inimaginable entas-
sement de défauts, — Pélion sur Ossa, — nul n'a songé un seul instant à protester contre cette condam-
nation irrévocable, — condamnation tardive, mais équitable s'il en fut, de tant de toiles détestables,
de doctrines de la plus hautaine impuissance et d'une influence despotique qui n'a été que trop
néfaste pour la gloire de l'école française. « Le dessin est la probité de l'Art; » l'homme qui prononçait
orgueilleusement cette maxime, n'a pas fait un seul tableau qui ne soit une interminable série
de démentis baroques à cette loi; on perdrait son temps à les additionner, la liste de Don Juan n'y
suffirait pas. De M. Ingres, il restera surtout* M. Hippolyte Flandrin, dans son genre une des

1. Guette des Beaux-Arts, Courrier européen de l'Art et de la Curiosité} tome X, 2' période, page 80.

2. Un très-petit nombre de portraits peints par M. Ingres constituent, avec un grand nombre de ses portraits dessinés d'après nature,
ses seuls titres sérieux. Du premier au dernier de ses tableaux, — à commencer par le plafond d'Homère, un plafond qui ne plafonne pas,
loading ...