L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 1)

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Pour le finale, pas de doute possible. La joie en est l'héroïne ; la joie, étincelle divine, fille de
l'Elysée. Elle anime des inspirations les plus variées les nombreux épisodes de cette gigantesque
composition, si multiple et si une. C'est la joie dans toutes ses manifestations; la joie intime, celle
de l'amitié ou de l'amour; celle de la passion et de la volupté; la joie panthéistique, l'enivrement de
l'être humain qui s'absorbe dans les splendeurs de la nature et se perd dans l'immensité; la joie vail-
lante et orgueilleuse du soldat, du héros vainqueur; la fraternité joyeuse du sentiment humanitaire;
l'exaltation grave et imposante de la joie religieuse. 'Fout cela est clair et limpide, même pour ceux
qui ne veulent pas voir. Le texte de Schiller les guide à travers les combinaisons mélodieuses,
harmoniques et rhythmiques du grand symphoniste.

Mais les trois premières parties? quelle en est la signification exacte ? Berlioz parait avoir re-
noncé à la déterminer. « Sans chercher, dit-il dans A travers chants*, ce que le compositeur a pu
vouloir exprimer d'idées à lui personnelles dans ce vaste poëme musical, étude pour laquelle le
champ des conjectures est ouvert à chacun, voyons si la nouveauté de la forme ne serait pas ici justifiée
par une intention indépendante de toute pensée philosophique ou religieuse, également raisonnable
et belle pour le chrétien fervent, comme pour le panthéiste et pour l'athée, par une intention, enfin,
purement musicale et poétique. »

Et Berlioz nous montre Beethoven, auteur déjà de huit symphonies, préoccupé seulement de
dépasser le point qu'il avait atteint précédemment, et, après avoir résolu l'adjonction des voix aux
instruments, laissant les instruments figurer seuls au premier plan du tableau, afin d'observer la loi du
crescendo et mettre en relief dans l'œuvre même la puissance de l'auxiliaire qu'il réservait à l'orchestre
dans le finale.

C'est là une conception purement technique de la neuvième symphonie, et pour ainsi dire une
conception meyerbérienne, qui fait descendre Beethoven du rang de penseur et de poète sublime au
rang de chercheur et d'habile arrangeur d'effets. Si musicien qu'on soit, quand on s'appelle Beetho-
ven; quand, après l'héroïque, la symphonie en ut mineur et la pastorale, sans parler des autres, on
médite une neuvième symphonie, il y a lieu de supposer qu'on ne borne pas son ambition à l'emploi
d'un effet nouveau et à la réunion des conditions les plus favorables pour qu'il apparaisse dans tout
son jour. Si peintre que soit un peintre, quand il s'appelle Rembrandt ou Eugène Delacroix, le plus
beau ton de sa palette, la gamme de couleurs la plus riche et la plus personnelle n'est pour lui
qu'un moyen et non pas un but. De même Beethoven, introduisant la voix humaine dans la sympho-
nie, avant lui exclusivement instrumentale, était inspiré sans doute par un sentiment plus noble que
d'être le premier à appliquer un procédé, et il est permis de croire que, s'il a osé alors ce que
personne jusque-là n'avait tenté, pas même lui, c'est qu'il avait quelque chose à dire que personne
n'avait encore rêvé, c'est que son esprit et son cœur s'étaient ouverts à un nouveau monde de
pensées, entraînant un nouveau monde de combinaisons et d'effets. Chez un tel homme, la science la
plus forte, l'art le plus subtil ne sont que les alliés, les humbles serviteurs du génie qui les
domine.

Berlioz doit à sa conception, trop exclusivement technique, de la neuvième symphonie, les
étonnements qui l'arrêtent devant certains passages, médiocrement réguliers si l'on attache une
importance excessive aux préceptes de l'école, devant certaines dissonances dont la violence
voulue est inexplicable pour quiconque ne cherche dans la musique qu'un charme sensuel, une façon
de chatouiller agréablement le nerf auditif, alors même qu'elle a dessein, comme c'est son droit,
d'exprimer et de communiquer une émotion tragique, une douleur poignante, l'épouvante ou
l'horreur,

. Et jusqu'à « je vous hais » tout s'y dit tendrement.

L'auteur de la Symphonie fantastique n'était pourtant ni un pédant courbé sous le joug de la
règle, ni un Quinàult musicien. S'il avait cherché dans la neuvième symphonie autre chose qu'un
» traité d'alliance entre le chœur et l'orchestre », nul doute qu'il ne fût parvenu à découvrir la raison

I. Page jo. Un vol. in-18, Paris, 1862, Michel Lévy frères,éditeurs.
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