L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 1)

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LA NEUVIÈME SYMPHONIE DE BEETHOVEN. 21

psychologique de plusieurs étrangetés dont la hardiesse le déconcerte, et qu'il est réduit à considérer
comme des problèmes insolubles, d'indéchiffrables énigmes.

On s'étonne même en Allemagne de l'impression que l'ode de Schiller a faite sur Beethoven.
L'ode à la joie ne méritait peut-être pas un tel honneur. La neuvième symphonie lui a valu une popu-
larité qu'elle n'eût pas conquise toute seule. Le monde entier lui est reconnaissant des admirahles
inspirations qu'elle a fait naître. Il a suffi de cette petite étincelle pour allumer un grand génie. Un
autre en eut fait une chanson en plusieurs couplets, une romance avec une ritournelle toujours la
même, et quelques variantes d'accompagnement adaptées aux divers incidents du texte; tout au plus
une cantate avec introduction, récitatif, adagio, allegro et finale. Beethoven en a tiré le chef-d'œuvre
de la symphonie, un chef-d'œuvre qui a tué le genre.

D'après Berlioz, Beethoven aurait choisi ce texte, sans trop y regarder, après avoir conçu son
« traité d'alliance entre le chœur et l'orchestre », après en avoir tracé le plan purement musical. Ce
texte-là, ou tout autre, le premier venu, qu'importe? La musique avant tout; l'art pour l'art. La
poésie ne serait ici qu'un appoint, une ressource commandée par l'intervention du chœur, un accessoire
obligé. Pour que le chœur chante, il faut qu'il parle. Va povir l'ode à la joie.

Au contraire, d'après l'opinion généralement répandue en Allemagne, l'ode de Schiller a été
l'initiative de la neuvième svmphonie, non-seulement du finale, mais de la symphonie tout entière.

Que l'idée de la joie ait remué à ce point le cerveau de Beethoven, rien d'étonnant à cela, si
l'on songe au peu de joie qu'il lui était donné de savourer. On n'aime bien que ce que l'on désire.
On est surtout possédé de ce qu'on ne possède pas. La neuvième symphonie fut composée entre
novembre 1823 et février 1824Surdité, isolement, chagrins de famille, embarras d'argent,
déceptions artistiques, indignation du génie, sinon méconnu du moins délaissé, colère contre la foule
qui courait enthousiaste à la musique italienne, préférant Tancrède à Fidelio, telles étaient à cette
date les joies de Beethoven. La joie, il l'avait connue peut-être dans la jeunesse, mais elle était
pour lui une espérance plus encore qu'un souvenir; il y aspirait avec d'autant plus d'énergie et de
passion qu'elle lui était plus cruellement refusée. De là sans dotite ce finale joyeux qui couronne une
symphonie où la mélancolie domine ; de là ces trois premières parties assombries à dessein et
poussées au noir, non-seulement pour donner par le contraste plus d'éclat et d'intensité à la joie
du finale, mais aussi pour opposer à ce tableau idéal des aspirations du poète malheureux, du
penseur misanthrope, le tableau réel de sa vie, de ses regrets et de ses tristesses. 11 n'est pas jusqu'au
scherzo qui, dans sa rapidité vertigineuse et ses saccades rhythmiques, n'offre l'image d'un désespoir
incurable, dont l'amertume s'envenime au contact de la gaieté d'autrui, de la jovialité naïve du commun
des mortels (le motif du trio).

Le commentaire de Richard Wagner se rattache à cette interprétation. Mais dans ce com-
mentaire-programme, écrit pour le public de Dresde en 1846, et destiné à faciliter à tous l'accès
d'une œuvre qui passait alors pour impénétrable, l'auteur du Tannhauser mêle à ses explications de
nombreux extraits du Faust de Gœthe. L'utilité de ces citations est contestée. Puisque Wagner ne
prend pas la neuvième symphonie pour une traduction musicale du /vr//,s7, quelle nécessité d'appeler
Gœthe à la rescousse? Ces citations, dit le traducteur de la brochure que nous avons sous les yeux,
ne sont que « des illustrations, des vignettes littéraires. » Mais pourquoi ces emprunts à un chef-
d'œuvre qui n'a, d'après Wagner lui-même « aucun rapport direct avec l'œuvre de Beethoven?»

Quid terras alio calent es
Sole mutamus?

Pourquoi chercher des régions éclairées d'un autre soleil? Le soleil de Beethoven suffit à la
neuvième symphonie. Telle est l'objection.

L'objection est réfutable. N'oublions pas qu'à cette époque de sa vie Beethoven se sentait attiré
par le Faust de Gœthe. 11 avait, dès lors, le projet de l'aire pour le Faust ce qu'il avait fait pour

1. Luiwig Vun Beethoven. Leben uni Sch.-.ffen [S.iVie et ses OEnvres), par Adolf Bcruhard Marx. Berlin, 1859, Otto Jantke, éditeur,
tome 11, page 289.
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