L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 1)

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24 L'ART

ces maîtres, — ils méritent ce titre, — si agréablement remis en
lumière et qui désormais y resteront, n'avaient nul souci d'être
académiques, pompeux et creux; — savants, ils Tétaient bien plus
qu'on ne l'est de notre temps; mais ils l'étaient, comme les forts,
sans pédantisme, et prodiguaient leur science très-réelle en la
dissimulant sous leur enjouement. Leur art ne rêvait point les
honneurs gourmés d'un prix de Rome; il exerçait une influence
bien autrement directe et généreuse sur le goût national à ce
point qu'on en était arrivé à ne pas comprendre qu'on pût lancer
une invitation si elle n'était dessinée et gravée par les artistes les
plus en renom; que dis-je une invitation, mais pour une simple
carte d'adresse un opticien et un dentiste allaient droit s'adresser
à Eisen et à Marillier. L'art pénétrait partout : on n'avait point
inventé les flottes cuirassées qui peuvent être de prodigieux engins
de destruction, je n'en disconviens pas; on n'avait que des navires
dont des sculpteurs illustres ne dédaignaient pas de décorer la
proue et l'arrière; vaisseaux de ligne et frégates tuaient proba-
blement beaucoup moins bien, mais s'ils ne possédaient pas la
puissance d'un monitor, il n'en avaient point la laideur; au point
de vue artistique, il est permis de ne pas le regretter.

Et pour peindre les mœurs dé l'époque, — du haut au bas
de l'échelle sociale, — quelle adorable série de petits maîtres ! Le
xvml! siècle français a eu la bonne fortune de la grande période
hollandaise du xvne siècle; il revit tout entier dans certains de
ses peintres ; ai-je besoin de nommer Lancret, Pater, Greuze,

Chardin, Fragonard, Saint-Aubin, Dcbucourt, etc.? Seulement ce j restera sans doute pas la seule
qui les différencie fort des Hollandais, c'est que tous ont vécu 1 Félix Bé

dans l'intimité des grands écrivains de leur temps; on s'en aper-
çoit. Comme le dit le poëte, ils ont

% Un joli brin de plume

A leur crayon.

On ne se frotte pas impunément à Diderot. Les petits maîtres
des Pays-Bas n'en disent pas si long ; ils se contentent d'être
peintres entre les plus peintres, et nul en cela ne les a égalés.
Cédons-leur le pas; ils le méritent à tous égards ; mais gardons-
nous de dédaigner nos Français; les deux manières ont du bon,
prisons-les l'une et l'autre.

Les choix de M. Racinet sont toujours excellents; je me con-
tenterai de citer le Bal paré, d'après Augustin de Saint-Aubin ;
la Bonne Education, d'après Chardin; VHiver, d'après Lancret;
tout est à l'avenant; il y a à la fois enseignement et véritable
régal de gourmet, et, comme si ce n'était pas assez, l'artiste
auquel on doit la magnifique publication de l'Ornement poly-
chrome1, a réalisé un miracle. Je ne suis pas fanatique de la
chromolithographie, et je sais bien des gens qui me ressemblent ;
ses procédés ne sont certes pas à dédaigner si on ne lui demande
que des documents sans lui demander de l'art ; il paraît qu'à
l'avenir on pourra se permettre cette dernière exigence; une
planche, d'après Debucourt, est reproduite en couleur avec un
rare bonheur. Le Jardin du Palais-Royal, exception des plus
heureuses, comparée à ce qui s'est fait de mieux jusqu'ici, ne

CHRONIQUE DE L'HOTEL DROUOT

— Rien de très-important à signaler jusqu'ici à l'hôtel des
Commissaires-priseurs, mais la saison s'annonce brillante.

— L'étude de M. Charles Pillet a, comme d'habitude, le
privilège des principales ventes : du 8 au 12 février seront vendus
les objets d'art dépendant de la succession de M. le baron Thi-
bon (experts : MM. Charles Mannheim et Féral); parmi les
peintures, trois dessus de porte de Boucher, d'une qualité tout
à fait exceptionnelle, seront vivement disputés; c'est à la fois
séduisant et artiste au possible ; — à côté de belles pendules et
de meubles précieux, les curieux admireront des bronzes, des
Sèvres, des Saxes et de ravissantes terres-cuites de Clodion; —
quelques jours après commencera la vente de Séchan (M. Ch.
Mannheim, expert) ; on sait que le célèbre décorateur était un
collectionneur d'élite; merveilleuses tapisseries Louis XIV au
petit point, tapis de Perse de toute beauté avec inscriptions, ver-
sets du Coran, etc., cimeterre vénitien, pièce hors ligne, que
maint Parisien passionné a vainement essayé de conquérir du
vivant de Séchan qui ne s'est pas laissé séduire par les offres en
apparence les plus folles, voilà une partie des richesses que
dispersera le marteau de M. Charles Pillet, ce marteau ensor-
celé qui jamais ne se repose; — le i',r et le 2 mars, c'est aux
tableaux de feu M. Auguiot qu'il s'attaquera, M. Auguiot,

un amateur de la vieille roche, connu de quiconque fréquente
l'hôtel Drouot et de tous les anciens fidèles du défunt Hôtel
de la rue des Jeûneurs; — du 5 au 6 mars encore Clodion, et
plus admirable que jamais, et des émaux de Limoges, et des
ivoires, et des porcelaines, et des tableaux dont deux portraits de
femmes, par Sir Joshua Reynolds, le tout faisant partie de la pré-
cieuse collection de MM. de M... (experts : Ch. Mannheim et
Haro); — du 7 au 20mars, seront adjugés les livres de la riche
bibliothèque de M. Guizot (expert, M. Labitte); — les 10 et
11 mars, vente du riche ameublement ancien, des objets d'art et
des tableaux d'un grand seigneur russe ; — j'en oublie, sans parler
du mois d'avril, que M. Pillet inaugurera par la vente de feu le
marquis de Saint-Seine, vente superbe; contentons-nous aujour-
d'hui de signaler certain tapis pour lequel la première enchère
sera au moins de dix ou douze mille francs.

— A une vente qui a eu lieu le lundi 14 décembre, on n'a
pas mis sur table un paysage qui avait été catalogué sous le nom
de Théodore Rousseau, et dont la veille, à l'exposition publique,
l'authenticité avait été très-vivement discutée. On a eu tort de retirer
ce charmant tableau; ce n'était pas un Rousseau, mais en l'annon-
çant sous le nom de son véritable auteur, M. Emile Renié, il se
serait parfaitement vendu ; c'est une œuvre des plus distinguées.

NOS EAUX-FORTES

Une Cour de maison hollandaise, tableau de Pieter De Hooghe,
que M. Paul Rajon a reproduit pour l'Art, est un des plus pré-
cieux chefs-d'œuvre du célèbre cabinet de Sir Robert Peel,
acquis, en 1871, par la National Gallery de Londres. Il provient
de la collection De Backer, d'Amsterdam, où il fut acheté, en
1825, par M. W. Emmerson.

Nous devons à l'obligeance de M. René Ménard de pouvoir
offrir à nos abonnés une seconde eau-forte, celle-ci tirée de son

beau livre, Entretiens sur la peinture, qui vient de paraître
accompagné d'une excellente traduction anglaise exécutée sous la
direction de M. Philip Gilbert Hamerton, le fondateur et rédac-
teur en chef de l'importante revue artistique de Londres : The
Portfolio.

C'est M. E. Boilvin qui est l'auteur de la planche d'après
l'Heureuse Mère, le charmant Boucher de la collection de
M. Théodore Mélot.

1. Cent Planches en couleur, Art ancien et moderne. Un vol. grand in-4. Paris, Firmin Didol frères, (ils et C''\

L'Administraleur-Géranl, HIPPOLYTE HEYMANN.
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