L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 1)

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LES FOUILLES DE POMPÉI ET LE MUSÉE DE NAPLES. 29

M. Chesneau ne paraît avoir aucune prévention vulgaire contre les Anglais parce qu'ils appar-
tiennent à une autre nation. Il n'exprime pas un préjugé, mais il constate un fait, ou du moins il
croit le constater. Remarquez quelle terrible puissance de séparation il attribue au sentiment national,
et comme il est loin de penser que la peinture parle une langue universelle!

« Les arts d'une nation, dit plus loin le môme écrivain, sont comme sa langue, c'est-à-dire la
chose la plus difficile à stirprendre, à apprendre véritablement pour ceux qui ne sont pas de la
nation. »

Cette opinion me semble beaucoup plus conforme à la vérité que celle qui préconise l'intelli-
gibilité universelle de la peinture, et il.me semble que nous devons à peu près abandonner la prétention
de parler avec autorité de l'art d'un pays étranger, et de définir, ex cathedra, le rang de ses maîtres.
Mais cette sage réserve doit-elle nous empêcher de les étudier, de les goûter à notre façon,comme
nous goûtons un poëte étranger et de faire part ensuite à nos compatriotes des impressions qu'ils
nous auront produites? Je ne le pense pas. Il se peut bien que je ne comprenne pas la peinture fran-
çaise comme un Français pourra la comprendre, mais elle doit avoir certaines qualités qui sont
intelligibles pour moi, puisqu'elle me fait goûter ce noble plaisir qui est le but de l'art. Ce n'est pas
dans nos affections, mais dans nos répugnances que l'effet de la nationalité se fait sentir. Quand on
aime une toile étrangère, on a rarement tort, l'antipathie internationale n'ayant pas pu agir dans ce
cas; mais quand la toile nous offense et nous irrite, prenons garde! il est probable que nous sommes
victimes de notre nationalité. Sans espérer vaincre ces répugnances, dont l'esprit le plus libéral et le
plus éclairé a peine à se dégager entièrement, nous pouvons du moins cultiver en nous-mêmes la dis-
position à jouir de tout ce qui nous semble admirable dans l'art d'un autre pays. Nous pouvons
commencer par apprécier, à notre manière, un seul de ses maîtres, et celui-là nous apprendra à
en lire d'autres. Laissons-nous doucement envahir par tout art qui semble avoir quelque qualité
acceptable et appréciable pour nous, sans y opposer la résistance d'une prévention patriotique. C'est
ainsi que nous faisons déjà pour les grands maîtres d'un passé magnifique, et cependant ces maîtres
n'étaient pas tous de notre nation. Peut-être ne les comprenons-nous pas entièrement, mais nous les
comprenons toujours assez pour nous féliciter de leur auguste présence parmi nous. Pourquoi ne pas
étendre cette bienveillance à toutes les nations et à tous les siècles? Il est malheureusement vrai que
la différence de nationalité est une difficulté dans l'appréciation de l'art, mais il n'est pas nécessaire
d'en faire un prétexte d'exclusion absolue.

Philip Gilbert Hamerton.

LES FOUILLES DE POMPÉI

ET

LE MUSÉE DE NAPLES'

(SU I T F.)

11 y a dans la même salle de petites peintures monochromes, ou plutôt des dessins tracés au cinabre
sur des plaques de marbre blanc. Une de ces compositions représentant des jeunes filles qui jouent aux
osselets pendant que leurs mères, Lèto et Niobè, se donnent la main, est particulièrement intéressante
parce qu'elle porte, outre les noms des personnages, celui de l'artiste qui l'a exécutée. C'est un
peintre nommé Alexandre d'Athènes, inconnu d'ailleurs, mais le style des figures annonce une bonne
époque de l'art. En général cependant il est difficile de faire remonter les peintures de Pompéi au
delà des derniers temps de la république romaine. La plupart ont dû être exécutées entre le tremble-
ment de terre de l'an 63 et la destruction de la ville en 79. De là l'unité de caractère qu'on y remarque.

1. Voir à la page 9 du numéro 1 de l'Art.
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