L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 1)

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AU LOUVRE

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Le nouveau Conservateur de la peinture et des dessins, M. le vicomte de Tauzia, est un homme
de goût et de conscience qui prend ses fonctions fort à cœur et dont les très-intelligents efforts pour
donner au grand Musée national la meilleure organisation possible ne sauraient trop être signalés. A
l'occasion de l'inauguration des nouvelles travées de la galerie principale, il a compris la nécessité
d'un remaniement et l'a exécuté en partie de la manière la plus digne d'éloges. L'installation de la
petite salle qui a été affectée aux primitifs Italiens au milieu desquels trône Mantegna de toute la
grandeur d'une supériorité incontestée est excellente en tous points et doit être regardée comme
définitive. La distribution de la lumière, si défectueuse dans la grande galerie, offrait des difficultés
autrement sérieuses à surmonter; nous savons tous les efforts de M. de Tauzia pour arriver à les vaincre,
et il est juste de lui en tenir largement compte; il s'y est repris à maintes fois avant de s'arrêter aux
dispositions actuelles, et cependant, la vérité nous oblige à le constater, celles-ci, sous bien des rap-
ports, laissent à désirer.

Étant admis qu'aux heures les plus fréquentées, le côté droit reste relativement dans l'ombre, et
l'ordre chronologique, qu'on a sagement fait d'adopter, étant accepté comme point de départ, voyons
le parti que l'on a tiré d'un local indiscutablement splendide, mais dans des conditions d'éclai-
rage très-fâcheuses, si on le compare aux Musées de Munich, de Dresde, de South-Kensington,
de Bethnal-Green et à la National Gallerj- de Londres. M. de Tauzia a évidemment été mu
par le désir d'équilibrer la répartition des richesses du Louvre, afin d'éviter d'avoir un côté très-
brillant et l'autre exclusivement occupé par les œuvres secondaires. Ce point de vue était sans
aucun doute digne de son attention, mais s'il est le meilleur en principe, il s'en faut de beau-
coup que son application ait été irréprochable. Notre opinion se fonde sur les remarques
suivantes que nous prenons la liberté de soumettre à l'examen sagace du Conservateur, dont le
désir de bien faire est universellement reconnu.

Les Bolonais, les déplorables Bolonais, toute la bande des Carrache, des Guide, des Domi-
niquin, des Albane, etc., toute cette détestable école infestée d'éclectisme académique, s'épanouissent
à gauche en belle lumière; on ne saurait cependant trop renvoyer tout ce monde-là dans l'ombre,
surtout quand on y voit reléguées des œuvres qui sont au nombre des gloires du Louvre, telles
que le Portrait d'homme (n°95), par Johan-Stephan von Calcar, le célèbre panneau (n° 297) où Jules
Romain s'est peint lui-même, le Nain de Charles-Quint, par Antonio Moro (n° 343), Gibier
dans un garde - manger (n° 178), chef-d'œuvre de Johannes Fyt, le Chimiste, une des merveilles
de Gabriel Metsu (n" 295), Craesbeke peignant un portrait ( n° 97), notre unique Craesbeke, — un
superbe Rembrandt : Saint Matthieu, évangéliste ( n° 406), — notre seul Van Dyck équestre : le
Portrait du duc de Moncade, etc.

Van der Meulen est certes un maître en son genre secondaire; nous admirons sincèrement plu-
sieurs de ses petits tableaux du Musée; il en est qui sont de vrais bijoux; mais il nous semble impos-
sible de se pâmer devant ses grandes toiles officielles, qui n'ont, en réalité, que la valeur de documents
historiques ou de procès-verbaux de vanité royale avide de se perpétuer jusqu'en ses actes les plus
futiles. Plusieurs des énormes cadres de Van der Meulen, que l'on voit aujourd'hui s'étaler sur la
cimaise, n'ont que faire au Louvre; ils ne devraient pas être transportés du côté droit, mais envoyés
à Versailles, leur place naturelle.

La grosse erreur bolonaise et l'encombrement des Van der Meulen médiocres, ce sont là les deux
objections principales à la réorganisation de l'immense galerie, dont l'extrémité est peu ornée par deux
énormes vases de Sèvres bleus de détestable époque, — 1823 et 1826; — le Garde-Meuble national doit
sans retard remplacer ces ornements malencontreux par quelques-unes des véritables merveilles dont
il est si riche.

11 reste à présenter mainte autre observation relative aux tableaux; nous y reviendrons,

Augustin de Buisseret.
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