L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 1)

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découragement, du désespoir, l'encens dont l'opinion publique se montre si souvent avare envers les
vivants, sauf à le prodiguer avec excès aux morts ; s'il a pu lui, le misanthrope, peut-être médiocre-
ment sensible à l'éloge, savourer cette unanimité de son époque dans la compréhension élogieuse et
sympathique de son talent et de son œuvre, cela ne tient pas seulement à la réalité de ce talent incon-
testable, à l'originalité de cette œuvre si prodigieusement touffue, cela tient aussi à ce que cette
époque se résumait, se retrouvait, et par suite se louait en lui.

Dans la belle étude qu'il a consacrée à Gavarni1, Sainte-Beuve, analysant un roman d'amour
esquissé par l'artiste, — une esquisse littéraire inspirée par une esquisse amoureuse, le tableau n'ayant
été achevé ni par l'homme ni par l'écrivain, — Sainte-Beuve fait remarquer que l'héroïne, une grande
dame, est bien non-seulement de sa condition, mais aussi de sa date. « La maladie de 1834 agissait sur

Portrait de Gavarni un an avant sa mort, par son Fils, Pierre Gavarni.

cette imagination de femme. » ... « Il y a chez elle des restes d'Elvire, il y a des commencements de
Lélia. »

On pourrait signaler chez Gavarni, dessinateur, écrivain, homme du monde, non pas précisément
des traces de la maladie de 1834, mais les « manières de voir et façons de penser2 » de ce Paris qui
commence à la révolution de Juillet pour se modifier en 1848 et se transformer à dater de 1852. Il
nous apparaît comme l'une des personnifications les plus curieuses, les plus symptomatiques du tour
d'esprit, de sentiment, d'art et de style particulier à cette période, et c'est merveille que sa nature,
si riche qu'on l'imagine, associant tant de traits divers, tant de qualités et de dons le plus souvent

1. Nouveaux hunàis, tome VI, Michel Lévy, 1866.

2. C'est le titre d'un recueil de quelques-uns de ses essais littéraires que M. Charles Yriarte a enrichi d'une intéressante étude sur
Gavarni. Paris, Dentu, 1869.
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