L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 1)

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ration; on en a plein la bouche : le mot toujours à défaut de la chose. Il ne serait qu'honnête de
commencer par honorer en toutes circonstances ceux dont l'âme haut placée n'a nul besoin d'être
régénérée. Parmi ces nobles caractères, M. Baudry a sa place marquée au tout premier rang. En ce
temps où le mercantilisme artistique règne tout-puissant dans tant et tant d'ateliers, où manufacturer
de la marchandise courante et vendre promptement, et surtout très-cher, l'article demandé, est
l'unique préoccupation d'un si grand nombre de personnes qui s'intitulent artistes, la conduite de
M. Paul Baudry, contraste éloquent, est une fortifiante consolation et un digne encouragement pour
tous ceux qui professent d'une foi profonde, d'une foi inébranlable, la sainte religion de. l'art.
Quiconque est au courant du mouvement des ateliers parisiens, sait que rien qu'à peindre des
portraits, M. Baudry gagnait et pouvait continuer à gagner par an littéralement ce qu'il voulait, et,
en tout cas, une somme considérable. Il n'a pas hésité un seul instant à accepter du budget, lourdement
endetté, une commande colossale, la sachant rétribuée d'une façon dérisoire ; il s'est offert à exécuter
de plus trois vastes plafonds gratuitement, et, abandonnant tout autre travail, il a mis de la sorte dix
ans de sa vie au service exclusif de son pays. Rien ne peut excuser de ne pas s'en être souvenu le
jour où il était le moins permis de l'oublier, le jour où l'on était en droit d'attendre que le jeune maître
serait publiquement et hautement donné en exemple à tous les artistes. Puisqu'on a eu le malheur de
ne pas savoir le faire, puisqu'on n'a pas compris qu'on ne pouvait accorder une promotion trop élevée
dans la Légion d'honneur à ce créancier désintéressé de la patrie, il appartient à quiconque a l'honneur
de tenir une plume en France, de réparer l'ingratitude officielle en saluant en M. Paul Baudry un
grand caractère et le premier des artistes de sa génération et comme homme et comme peintre. Ce
devoir, nul ne le remplit avec plus de bonheur que nous1.

Léon Mancino.

NOTRE BIBLIOTHEQUE

VIII.

L'ŒUVRE DE WILLEM JACOBSZOON DELFF, décrit par
D. Franken, dz. Un volume grand in-8° de 88 pages avec
portrait de W. Jacobsz. Delfi", d'après le tableau de son frère
Rochus. C. M. Van Gogh, éditeur, à Amsterdam, 1872.

Il y a deux ans que ce livre a paru. Qui s'en doute en
France, en dehors de quelques rares curieux? C'est un très-
grand défaut de rester étranger au mouvement chaque jour plus
considérable qui se développe en tout ce qui touche aux ques-
tions d'art, non-seulement dans le reste de l'ancien monde, mais
de l'autre côté de l'Atlantique. Il y aurait profit à tous égards à
se tenir soigneusement au courant, et, de plus, on s'honorerait en
encourageant les lettrés d'autres pays qui publient leurs études
ou le résultat de leurs découvertes en langue française.

Le style de M. Franken n'est point d'une pureté absolue et il
n'y a nulle prétention; mais il a une saveur originale et une
clarté qui le font lire de la première à la dernière page.

« Pour l'ami de l'art, pour celui qui, tout en ne négligeant
pas l'importance politique d'un peuple ou les progrès qu'il fait dans
les sciences, s'intéresse particulièrement à ses œuvres d'art, les
xvr et xvir siècles marquent au-dessus des autres dans l'his-
toire des Pays-Bas. Le spectacle d'un petit peuple qui, durant sa
lutte pour son indépendance, produit un grand nombre d'artistes
devenus célèbres, qui, ayant conquis ce bien le plus précieux,
voit se développer, de pair avec son commerce, son art original et

forme la glorieuse école hollandaise, est réjouissant pour l'ami
du progrès de l'humanité. »

Ces prémisses établies, M. Franken expose que les expédi-
tions lointaines, les découvertes de terres inconnues par de hardis
navigateurs bataves, la fondation de nombreux comptoirs, ame-
nèrent d'énormes richesses dans la mère patrie et une somme de
bien-être qui se répandit sur tout le pays et fit « surgir dans
chaque ville un nombre d'amateurs éclairés qui ne demandaient
pas mieux que de remplir leurs maisons de tableaux, de sculp-
tures, leurs cartons de gravures ». Nobles et négociants avaient
aussi fait de fréquents voyages en France, en Italie, etc.,
et en avaient rapporté les uns des merveilles artistiques, les
autres le goût des objets d'art. Des seigneurs et des Crésus de la
Hollande, cette passion devait infailliblement arriver à envahir
« ce grand élément du peuple, les petits commerçants et les
bourgeois ». Ce sont les encouragements de ceux-ci qui pous-
sèrent l'école dans la voie réaliste où elle -s'est si glorieuse-
ment illustrée; c'est par la demande chaque jour plus nom-
breuse de portraits qu'elle y pénétra et y conquit si rapidement
dans les genres les plus opposés, mais toujours familiers et
vrais, la profonde et si sincère originalité qui la distingue
entre toutes. « Aussi voit-on s'augmenter le nombre des portraits
des célébrités contemporaines, des tableaux de genre, les « stil-
levens » (natures mortes), et les représentations de faits mémo-
rables de l'histoire de ce temps. Et surtout alors le burin et la
pointe du graveur maniés par des artistes éminents sont requis. »
M. Franken ajoute avec sagacité : « Rien d'étonnant en cela.

1. J'ai hâte de constater qu'à quelque parti qu'on appartienne, nul dans Paris n'a songé à rendre le Directeur des Beaux-Arts solidaire de l'inconcevable injustice
dont M Baudry a été la victime; loin de là, on est unanimement convaincu que personne n'en souffre plus vivement que M. le marquis de Chenncviéres, et cette
conviction ne peut être qu'en tous points fondée.
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