L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 1)

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NOTRE BIBLIOTHÈQUE.

que vous soyez de la franc-maçonnerie des Curieux, le plus
aimable accueil vous attend. Un galant homme en belle humeur,
le sourire de l'esprit aux lèvres, mettra tout plein de bonne
grâce à vous faire les honneurs d'un hôtel de Cluny au petit
pied. Peu d'objets, aucun encombrement, un ordre à ravir une
petite maîtresse, un goût de raffiné entre les plus raffinés, voilà
ce que vous constaterez du premier coup d'œil; le second vous
apprendra que tout a été choisi, pesé, trié, épuré avec une
rigueur extrême par le maître de céans, impitoyable envers lui-
même. Sa critique est passionnée pour le parfait, pour le plus que
parfait; elle est sévère envers les autres et aussi peu disposée que
possible à l'approbation lorsqu'il ne s'agit point du dessus du
panier, un dessus dont il a eu soin de conquérir une très-enviable
part. C'est ce fanatique du mobilier de nos pères, des vieilles
faïences, des ivoires, des bronzes, des émaux, des bois sculptés,
des terres cuites, des manuscrits, des étoffes, des mille bibelots
précieux d'autrefois, des sculptures, des peintures anciennes,
c'est ce curieux par excellence qui écrit d'une plume leste, pim-
pante, aventureuse, ces livres dont les sujets défunts vous parais-
sent vivants, tant de charmants festons, d'adorables astragales et
de scintillantes paillettes en font accepter aux plus rebelles la
science profonde, la solide érudition. Instruire en amusant, un
don, celui-là, qui ne court pas précisément les rues en ces beaux
jours de pédantisme dont elles ne sont que trop pavées!

Comment ne pas se laisser séduire du premier au dernier mot
quand déjà la préface emporte si gaillardement la pièce?

■ Ami lecteur, si tu demandes d'où vient l'inventaire que je
donne aujourd'hui à maître Jules Claye, excellent imprimeur
parisien, pour en tirer deux cent cinquante exemplaires, tu le
trouveras au n° 14,359 du fonds ^at'n delà Bibliothèque nationale,
où Louis Sandret, expert en recherches historiques et généalo-
giques, l'a gracieusement copié pour moi.

« Si tu t'enquiers de quoi il traite, sache qu'il parle ample-
ment de la reine mère Catherine de Médicis, des ouvrages pré-
cieux, des beaux portraits et des livres rares dont Sa Majesté
avait un recueil considérable, de l'Hôtel de la Reine et des Tui-
leries ; de Léonard Limousin, émailleur du roi, de Bernard
Palissy, inventeur des rustiques figulines et d'autres grands
ouvriers du temps passé; de la Ligue, de M"" de Montpensier,
de M. de Mayenne, avec plusieurs notables accessoires.

« Si l'envie te prend de critiquer le commentaire, fais-le
(je t'en prie) pour le profit de tous.

<c Si, par aventure, tu désires en connaître l'auteur, c'est un
amateur des gentilles curiosités et belles histoires d'autrefois,
qui prie Dieu que tu aies autant de plaisir à lire son livre qu'il
a eu de plaisir à le composer pour toi. Adieu. De Paris, le xve
de mars m. dccc. lxxiv. »

De ce bout de préface, vous passez à l'Introduction, vous en
lisez la première ligne et vous allez droit jusqu'à la dernière
quoi que vous en ayez; vous êtes pris dans l'engrenage; vous
avez affaire à un charmeur, vous ne lui échapperez plus; il
y a quarante-cinq pages d'introduction, ni plus ni moins,
et cela vous paraît plus court qu'un feuilleton. Ce n'est pas
tout, reste l'Inventaire des meubles trouvés après le scellé de
la chambre levé en la maison de la Roynemère. C'est gai
et littéraire comme un catalogue de commissaire-priseur, cet
Inventaire ; vous ne vous laisserez pas prendre à digérer ses
172 pages ; un simple regard de curiosité vous suffira. Vous êtes
perdu, vous dévorerez le tout d'un bout à l'autre : une note
piquante vous a mis en appétit, ce premier traquenard est suivi
de cent autres du même genre. Il vous est défendu de sauter une
page.

Tel est ce livre de gourmet qui a trouvé le secret de faire de
l'aride même une séduction.

Paul Leroi.

1. Les Hommes illustres qui ont paru en France pendant ce siècle, avec
Antoine Dczallicr... 1697 et 1700. 2 vol. in-fol.

XII.

ON CURIEUX DU XVII" SIECLE. Michel Bégon, intendant de là
Rochelle. Correspondance et documents inédits recueillis, publiés et
annotés par Georges Duplessis, avec un portrait gravé à Veau-
forte par P. Sellier. A Paris, chez Auguste Aubry, libraire de la
Société des Bibliophiles français, rue Séguier, 18. m. d. CCC. lxxiv.
Un volume in-18 de 144 pages, tiré à 250 exemplaires numé-
rotés.

Le Curieux du xvir' siècle est de sa personne aussi sympa-
thique que l'est peu la royale curieuse du siècle précédent ; je
sais un gré infini à M. Georges Duplessis d'avoir rappelé l'atten-
tion sur cette très-attachante figure. Tous ceux qui ont affaire
au Cabinet des Estampes savent combien de savoir est uni chez
M. Duplessis à une inépuisable obligeance; c'est dire la perfec-
tion de l'étude qu'il vient de consacrer à Michel Bégon, « un
amateur passionné, avide d'acquérir les estampes qui lui man-
quent ; un lettré cherchant à se renseigner sur Molière, Racine,
Pascal, Scarron et tant d'autres Hommes illustres, qu'il entend
faire entrer dans l'ouvrage que publiera Charles Perrault ; un
Curieux entretenant des rapports avec les graveurs Robert
Nanteuil, Gérard Edelinck, Pierre van Schuppen et Jacques
Lubin, un savant enfin possesseur du médaillier de Grolier
et d'une partie des manuscrits de Peiresc, qui jouit réellement
des richesses qu'il a accumulées, et qui prend plaisir à en faire
profiter autrui ». Et M. Duplessis ajoute fort justement : « Peu
d'existences ont été mieux et plus utilement remplies ; peu de col-
lections ont été formées avec plus de soins, avec plus de discer-
nement et avec autant de dépenses. »

L'élégant volume, édité par « la librairie de la Société des
Bibliophiles français », débute par une excellente Table des noms
cités, à laquelle succède une » Notice biographique, écrite par
un parent de Michel Bégon. » C'est cette notice que M. Georges
Duplessis a très-intelligemment complétée « en se servant de tous
les documents relatifs aux collections de cet amateur justement
célèbre, et en faisant usage d'une volumineuse correspondance
adressée par Michel Bégon, lorsqu'il était intendant de Roche-
fort, à M. Cabart de Villermont, secrétaire du marquis de
Dangeau ». Vient ensuite l'Extrait des Inventaires du Cabinet
de Monsieur Bégon, Intendant de la Alarme et de la généralité
de la Rochelle, « transcrit textuellement, d'après un exemplaire
dont le possesseur actuel est M. Frédéric Reiset, autant pour
montrer les goûts variés de Bégon que pour satisfaire la curio-
sité des amateurs toujours friands d'un document introuvable et
à peu près ignoré ».

De la « réunion d'objets si divers », formée par l'intendant de la
Rochelle, « il ne reste plus aujourd'hui que la collection d'es-
tampes, qui a été acquise par le roi de France en 1770 ».

M. Georges Duplessis a « extrait de la volumineuse Corres-
pondance de Cabart de Villermont, conservée au Département
des Manuscrits de la Bibliothèque nationale, tous les passages
des lettres de Bégon, qui ont quelque rapport aux arts ». Ils font
« bien apprécier la part qui revient à Michel Bégon dans la
publication à laquelle Perrault attacha son nom1; » elle est très-
active, très-considérable et révèle un amateur instruit et sé-
rieux.

M. Georges Duplessis a fort bien mis en lumière la figure
artistique de l'intendant de la Rochelle; son livre est utile et
précieux à tous égards et ne saurait trop être recommandé à
tous les collectionneurs.

Paul Leroi.

leurs portraits au naturel, par M. Perrault, de l'Académie française
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