L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 1)

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74 L'ART.

firent fondre les anciennes monnaies romaines pour en faire frapper à leur coin, et ils employèrent
pour cette besogne les ouvriers et les ateliers monétaires qui existaient dans plusieurs villes de la
Gaule. Leurs monnaies étaient rondes; mais, comme on ne connaissait pas le coupoir ou emporte-
pièce, elles offraient en général des inégalités d'épaisseur et des contours assez irréguliers. Dans
l'état de barbarie où les arts étaient plongés, les graveurs de monnaies tentèrent d'imiter plus ou
moins grossièrement les anciennes monnaies romaines : on y voit d'un côté le portrait des rois de la
première race, tandis que le revers présente un emblème. Cet emblème devait naturellement être
religieux. C'est presque toujours une croix : quelquefois pourtant c'est un calice ou un ange.

Les monnaies carlovingiennes sont de la dernière barbarie et ne portent presque jamais d'effigie.
Celles des Capétiens sont toutes dénuées d'intérêt jusqu'à Philippe de Valois, où l'on voit une certaine
amélioration.

C'est dans l'étude des sceaux, plus encore peut-être que dans celle des monnaies, qu'on peut
chercher l'origine et suivre les développements de la gravure. Au moyen âge, l'orfèvrerie était l'art
par excellence, l'art qui comprenait tous les autres. Les peintres comme les sculpteurs, les tailleurs
de monnaie comme les graveurs de sceaux, étaient absolument confondus; chacun faisait le travail qui
lui était demandé. Le célèbre traité du moine Théophile, qui parle de tous les arts « destinés
à embellir la maison du Seigneur », montre à quel point on distinguait peu les spécialités. Chacun
devait être propre à tout; mais, comme l'emploi des métaux précieux était considéré comme le principe
même de l'ornementation, il n'est pas étonnant que l'orfèvrerie, qui, à proprement parler, est l'art de
travailler l'or et l'argent, ait été regardée comme la chose principale, les autres venant à son aide
seulement à titre d'accessoire.

Comme, à très-peu d'exceptions près, les mêmes hommes faisaient également les monnaies et le:;
sceaux, nous ne pouvons attribuer à la supériorité d'un corps de métier sur un autre la différence
qui existe entre la gravure des monnaies et celle des sceaux dans le moyen âge. Seulement le graveur
qui faisait des monnaies était rarement libre dans son inspiration : presque toujours il lui fallait, au
moins pour l'aspect général, suivre des types consacrés par l'habitude : la fréquente altération des mon-
naies forçait de soumettre à un contrôle gênant pour la circulation les pièces qui ne ressemblaient
pas sensiblement à celles dont on s'était servi la veille. Le type était presque toujours imposé par
le prince ou le personnage qui frappait la monnaie, et l'artiste se trouvait gêné, jusque dans le détail
même de l'exécution. Le graveur de sceaux avait donc une beaucoup plus grande liberté que le
graveur de monnaies.

Le nom de sceau s'applique à l'instrument ou cachet qui sert à sceller un acte ; mais pr.• exten-
sion ce titre s'étend également aux empreintes. Les anneaux ont précédé les sceaux et ceux-ci les
cachets.

La gravure des sceaux, comme celle des monnaies, présente sous les Mérovingiens le caractère
d'une barbarie repoussante. Sous Pépin le Bref, on commença à sceller les actes de l'autorité sou-
veraine avec des pierres antiques, dont on ne comprenait plus le sens. Ses successeurs firent de même,
en prenant soin toutefois d'enfermer la pierre gravée dans tin cercle métallique, où chaque prince
faisait inscrire une légende à son nom. 11 y a des actes de Karloman, fils de Pépin, qui sont scellés
avec une tête d'Antonin, ceux de Louis le Pieux montrent le profil de Commode. Charlemagne choisit,
assurément sans le savoir, une magnifique tête de Jupiter. Quand on a gravé des sceaux nouveaux,
leur effrayante barbarie les fait aisément reconnaître.

Sous les Capétiens, il se fit une réaction violente contre les emblèmes surannés de l'empire. La
féodalité, en se constituant, apportait des besoins nouveaux que les graveurs devaient nécessairement
satisfaire. Les sceaux des rois, des reines, des grands feudatsires, des évéques, devaient indiquer
leurs armoiries pour montrer la hiérarchie de leur rang.

Pendant très-longtemps les graveurs de sceaux copièrent servilement le même type pour les
sceaux des rois. Il semble qu'il y ait eu dans la gaucherie même de ces barbares représentations
quelque chose de consacré dont on n'osait pas ou dont on ne pouvait pas s'écarter. 11 y a dans tous les
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