L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 1)

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76 L'ART.

l'article que l'on nous a fait l'extrême gracieuseté de signer au nom de la Rédaction tout
entière, j'ai accepté avec d'autant plus d'empressement la mission qui m'est confiée, que j'y trouvais
une occasion de causer de tout ceci avec vous et de m'ouvrir à une amitié aussi sûre que la
vôtre au sujet de « dissidences » qui échappent complètement à mon manque de clairvoyance.

Non-seulement nous respectons profondément l'Antiquité et
la Renaissance, mais c'est de l'enthousiasme qu'elles nous
inspirent et, pour ma part, du fanatisme. Dès le premier numéro
de l'Art, nous avons unanimement tenu à affirmer nos convictions
à cet égard, en publiant l'étude d'un juge compétent entre tous,
M. Louis .Ménard, sur les antiques du musée de Naples.

Seulement nous croyons au progrès sans lequel la lutte
humaine n'est qu'œuvre décevante, et nous avons, entre mille
autres, une assez bonne raison pour avoir foi : sans la loi du pro-
grès, la Renaissance n'eût pas été. C'est du moins l'avis de la
logique et du sens commun qui nous sont chers. Le piétinement
sur place de l'humanité, sous prétexte qu'elle a atteint dans l'une
ou l'autre branche de son activité le dernier mot de la perfec-
tion, nous semble un odieux blasphème, et nous sommes au
contraire certains qu'en Art, par exemple, l'homme marche vers
des triomphes de génie supérieurs à tous ceux connus jusqu'ici;
c'est à avancer l'époque de cette grandiose éclosion que le devoir
de la critique est de travailler, en déblayant le chemin de l'armée
Jeune Ours, de sophismes et d'inintelligentes et parasites conventions dont les

croquis d'Aug. Lançon. impuissants de tous les temps ont soin de l'encombrer. Cet encom-

brement-là, mon ami, vous en savez quelque chose, vous dont
l'existence est une perpétuelle propagande du progrès, cet encombrement-là, le beau pays de
France, s'il n'en a pas tout à fait le monopole, en a trop largement le privilège.

De là nos haines, les seules que nous connaissions, haines d'autant plus vivement indignées
qu'elles naissent de la langue mensongère que d'habiles gens, — inhabiles à rien créer de bon, habiles

Lionne du Sénégal, croquis d'Aug. Lançon.

à nuire, à corrompre, à gangrener, — font parler en apparence à l'Antiquité et à la Renaissance, objets
de nos ferventes adorations. C'est cette race éclectiquement perverse qui, préférant, comme tous les
eunuques, les honneurs auxquels mène l'exploitation bien entendue de l'Art à l'honneur de créer des
chefs-d'œuvre ou tout au moins quelque œuvre née viable et digne d. vivre, c'est cette race maudite,
véritable lèpre intellectuelle, qui a imaginé les pastiches, les formules banales, les rengaines et tout le
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