L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 1)

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M. AUGUSTE LANÇON. 79

et votre existence tout entière n'est-elle pas un constant apostolat désintéressé en faveur des causes
chères à votre dévouement militant? Les apôtres qui se meuvent et triomphent dans l'eau tiède sont
encore à inventer. En avez-vous jamais rencontré?

Par un privilège exceptionnel, l'impartialité, l'esprit de saine justice sont qualités inhérentes
au fanatisme artistique; dans ce domaine-là, être intransigeant, c'est n'avoir jamais trop de louanges
pour tout ce qui, à travers les âges, constitue l'héritage du génie et du talent, c'est aussi n'avoir
jamais assez de révoltes contre tout ce qui porte atteinte au patrimoine sacré. Ce sentiment
de constante équité commande de s'incliner respectueusement devant la glorieuse tombe d'Hip-
polyte Flandrin, figure trop modeste, mais plus grande que sa renommée, et de ne pas contribuer
à entretenir des illusions mensongères s'il s'agit de son maître. On ne s'honore jamais à
attaquer un mort, ne l'eùt-on point ménagé quand il était là pour se défendre; ce n'est point
l'attaquer qu'il faut ; on lui doit la vérité
et on la lui doit d'autant plus entière que
son habileté, enguirlandant l'avenir autant
que le présent, et ne se contentant pas
de se faire accabler de son vivant de tous
les honneurs, est parvenue à escompter une
plus large part d'immortalité. Etre juste,
être sévère même, envers M. Ingres,
est une question de conscience; sa
mémoire est entachée des plus graves
reproches que l'on puisse adresser à un
artiste; son orgueil insensé a été sans
pitié pour tous ses confrères. N'est-ce pas
sa main iconoclaste qui a exigé du duc
de Luynes la destruction des travaux de
Gleyre, pour y substituer ses compositions
décoratives, à lui Ingres, entre autres cet
Age d'or burlesque auquel on chercherait
en vain vin défenseur sérieux? Et que
penser d'un peintre qui, après avoir com-
mis cette première mauvaise action, se
respecte assez peu pour abandonner le
château de Dampierre en n'y laissant que

pareil vandalisme pour toute trace de son , ■ , ,,. ,

■l -i Jeune Eléphant, croquis d Aug. Lançon.

passage? Je sais que, lorsqu'il manqua sans
vergogne à ses engagements envers le

noble Mécène qui s'était plié à ses moindres caprices, à ses plus vaniteuses exigences, on parla
d'amour-propre froissé pour tenter de justifier M. Ingres. Vaine tentative ! l'informe composition de
l'Age d'or, monument sans égal d'un orgueil impuissant, est là pour attester que, si le champ de
bataille fut piteusement déserté, c'est que le lutteur avait au fond parfaite conscience de son insuf-
fisance absolue; la tâche qu'il a abandonnée, il était incapable de l'entreprendre.

Ne nous arrêtons pas davantage sur ces tristes côtés de l'homme; quant à l'artiste, il ne suffit pas
de le dire digne d'admiration, il faut le prouver, ce qui est moins aisé en dehors du petit nombre de
portraits peints auxquels j'avais fait allusion : celui de Bertin, celui de Bartolini de la riche collection de
M. Van Praet, celui de M"'8 de Vauçay et quelques autres, en dehors surtout des portraits au crayon.

Je viens de mettre la main sur un livre minuscule1, j'y découvre qu'il y a dix-sept ans un écrivain
de talent égaré dans la bohème et qui en est mort, un juge très-sagace, le pauvre Théodore Pelloquet,

i. Dictionnaire de poche des artistes contemporains,-pat théodore Pelloç.let. Les Peintres. Paris. Adolphe Delahays, 4-6, rue Voltaire,
1858. u„ voi. iu_j2 je jgj pages.
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