L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 1)

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M. AUGUSTE LANÇON. 83

Decamps et Troyon; je pourrais ajouter une longue liste d'artistes de très-grand mérite; j'ai déjà cité
Hippolyte Flandrin, je suis heureux d'avoir l'occasion de le signaler de nouveau; j'ai rendu pleine justice
à M. Ingres dans ce qui est à louer en lui et je ne me départirai jamais de cette règle lorsque j'aurai à
parler des hommes du passé. Mais je ne le cache pas, c'est surtout l'avenir de l'école française qui me
préoccupe, c'est vers lui que mes regards sont le plus tournés; je cherche ardemment tous ceux dont la
vitalité est de nature à préparer l'avènement d'une pléiade nouvelle; la découverte d'un homme d'une
valeur bien personnelle est pour moi une bonne fortune sans égale; ce jour-là, j'ai gagné ma journée.
Je n'ai cependant pas de repos que je n'aie mis ma trouvaille en lumière et appelé sur l'artiste obscur
l attention publique à laquelle ont les droits les plus légitimes les rares qualités de ses œuvres ignorées.

Cette double ligne de conduite imposée à ma critique, j'ai beaucoup et tout particulièrement pensé
à vous, mon cher ami, en l'adoptant; il m'a semblé qu'elle me donnerait un titre de plus peut-être à la
vive affection, à la profonde estime que nous professons l'un pour l'autre ; c'est encore animé

Ours male do Taurus, croquis d'Aug. Lançon.

de cette même préoccupation qu'après avoir à deux reprises et très-instamment signalé déjà à
l'attention des connaisseurs M. Pierre Gavarni, je prends aujourd'hui la liberté de leur recommander
non moins vivement, en le plaçant sous vos cordiaux auspices, un vaillant qui a mille titres sérieux
à leur faveur. Vous avez la main, l'intelligence tellement heureuses, vous êtes à ce point un porte-
bonheur, tout ce que vous organisez réussit avec tant de succès mérité, que votre patronage servira
mieux M. Auguste Lançon, — car c'est de lui qu'il s'agit, — que tout le bien que j'ai à en dire.

.M. Lançon est Jurassien ; son enfance n'a pas été précisément bercée sur les genoux d'une
duchesse; il a connu la misère et il l'a durement et longuement connue; il n'en parle qu'avec plus
d'attendrissement de ses parents, de braves et honnêtes gens, — son père était menuisier, — qui
s'imposèrent, au milieu de leur vie de privations, des privations nouvelles pour lui faire faire ses études
jusqu'en seconde au collège de Saint-Claude et l'envoyer ensuite à l'école de Lyon dont le directeur,
— le père Bonnefond, comme l'appelaient ses élèves, — se désespérait de l'entêtement de l'enfant des
montagnes du Jura à être personnel et original en dépit de toutes les exhortations professorales.
« Ah ! mon cher ami, lui répétait-il à tout propos, c'est une pitié d'avoir à instruire des gens qui n'en
veulent faire qu'à leur tète. Quel malheur que vous ne soyez pas plus docile! »

M. Lançon, qui avait commencé à peindre à seize ans, quitta Lyon pour entrer en 1859 à l'hcole
des Beaux-Arts, où il fut reçu premier ; mais l'enseignement de M. Picot était aussi peu que possible
son idéal, et si, pendant sept ans, il dessina la figure d'une manière très-serrée, il fît maintes fois 1 école
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