L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 1)

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NOTRE

BIBLIOTHÈQUE

XIV.

MÉMOIRE DE VELASQUEZ sur quarante et un tableaux
envoyés par Philippe IV, a l'escurial. Réimpression de l'exem-
plaire unique (1678) avec introduction, traduction et notes, par le
baron Ch. Davillier, et un portrait de Velasquij gravé à l'eau-
forte par fortuny. Paris, Aug. Aubry, éditeur-libraire de la
Société des Bibliophiles français, 18, rue Séguier. m. dcccl. xxiv.
1 vol. grand in-8", de 64 pages, imprimé chez Jouaust et tiré
à petit nombre.

Ce livre est des plus curieux. Avant la réimpression, il était
unique. C'est un catalogue dressé par Velasquez en 1656, sur
l'ordre du roi Philippe IV, de quarante et un tableaux, dont
quelques-uns provenaient de la vente de la galerie de Charles h*
d'Angleterre, et dont d'autres avaient été apportés d'Italie et
offerts au roi par don Luis Mendez de Haro, don Juan Alfonso
Gucierres de Cabrera, le comte de Monterey, le comte de Castrillo
et don Ramero Nunez de Gusman,duc de Medina de LasTorrés.

Velasquez était grand maréchal du palais, surintendant
extraordinaire des bâtiments royaux et peintre de chambre du
roi. C'était à lui que revenait naturellement le soin de conserver,
surveiller et cataloguer la galerie royale. C'est ce qu'il fit pour
ces quarante et une toiles. Palomino, dans son Museo pictorico
constate en effet que • Diego Velasquez écrivit un mémoire con-
tenant la description de ces tableaux, mentionnant leurs qualités,
leur sujet et le nom des auteurs, ainsi que les endroits où ils furent
placés ; qu'il le fit avec autant d'élégance que d'exactitude et qu'il
y montra son érudition et sa grande connaissance de l'art. »

Personne ne se doutait que ce mémoire eût été imprimé. Il
l'avait été cependant, mais à un seul exemplaire. Cet exemplaire
a été retrouvé par don Adolfo de Castro, qui l'a offert à l'Aca-
démie espagnole. C'est cet exemplaire que M. le baron Ch. Davil-
lier a eu l'heureuse idée de réimprimer, de traduire et d'annoter.
C'est un nouveau service rendu à l'histoire des arts par cet infa-
tigable et heureux chercheur, auquel elle doit déjà tant.

Ce Mémoire contient la description et l'appréciation de ces
quarante et un tableaux dont un grand nombre sont en effet des
chefs-d'œuvre. Malheureusement, sur ces quarante et une toiles,
nous trouvons douze désignations qui ne répondent plus à aucun
tableau existant. Ce sont : le Mariage de sainte Catherine, le
Christ montré au peuple par Pilate. saint Sébastien et la Made-
leine, du Titien; Sainte Marguerite ressuscitant un enfant, de
Michel-Ange de Caravage; Saint Joseph et l'Enfant, la Vierge et
l'Enfant, du Guide; la Vierge et Sainte Catherine, du Giorgion;
Saint Jérôme et un Ange, la Vierge et l'Enfant adoré par la
Madeleine, de Van Dyck; la Naissance du Christ, d'Andréa
Schiavone; Saint Pierre et Saint Paul, de Ribera. Ces tableaux
sont-ils détruits ou cachés chez quelques particuliers? On ne sait.

Il serait assez ditlicile de juger d'après ce Mémoire des goûts
artistiques de Velasquez. Cependant je crois bien qu'on peut, sans
trop risquer de se tromper, affirmer qu'il préférait le Tintoret
et surtout le Titien à Raphaël. Ce n'est pas l'avis de M. Davil-
lier; il combat sur ce point l'opinion exprimée par M. W. Scir-
ling, qui affirme que « Velasquez ne se pénétra jamais du génie

de l'art antique et qu'il n'apprécia pas Raphaël ».I1 pense que cette
opinion repose uniquement sur un passage de Marco Boschini qui
rapporte l'anecdote suivante :

Salvator Rosa se trouvant à Rome avec Velasquez lui demanda
un jour ce qu'il pensait du peintre d'Urbino. Et Velasquez lui
aurait répondu : « C'est à Venise que se trouve le bon et le
beau; je donne le premier rang au pinceau vénitien; Titien est
celui qui porte la bannière. «

M. le baron Davillier ne voit là qu'une invention de Boschini,
et il allègue l'enthousiasme avec lequel le peintre espagnol dans
son Mémoire parle des œuvres de Raphaël. Il est vrai qu'il en
fait le plus pompeux éloge ; mais cela ne l'empêche pas de dire
aussitôt après que « le Titien ne lui est pas inférieur » (p. 20), et
— je ne sais si je me trompe — il me semble que, lorsqu'il parle
du Titien et même du Tintoret, il est facile de saisir dans l'expres-
sion de son admiration un accent plus personnel et plus convaincu
que quand il s'agit de Raphaël. Mais cette question nous entraî-
nerait trop loin.

Le portrait de Velasquez par Fortuny est très-beau et a été
pris d'après celui que possède le musée de Valence. Il n'y a aucun
douce sur son audiencicité.

Eugène Véron.

XV.

DELLA VTTA F. DELLE OPF.RF. DI RAFFAF.F 1.0 S^NZIO D\
URBINO, del conte Po.mpeo Gherardi. Urbino cou tipi di
Savino Kocc/ictti e C. 1874. Un volume in-18 de 160 pages.

Simple opuscule, qui n'a d'autres prétentions que d'être un
agent de vulgarisation, et qui se trouve être un excellent écrit,
digne en tous points du critique érudit qui l'a signé. M. le
comee Pompeo Gherardi, président de l'Académie raphaélienne
d'Urbino et rédacteur en chef du journal d'art // Raffaello, .1
voué un culte passionné à la mémoire du célèbre fils de Gio-
vanni Santi. Quelques pages d'Introduction disent nettement ce
qu'il a voulu faire; il énumère les travaux considérables que la
critique étrangère a consacrés à la vie et à l'œuvre de Raphaël, en in-
dique brièvement les mérites, oubliant toutefois — ce qui nous étonne
de la part d'un homme aussi instruit de son sujet, — les nom-
breux écrits de M. Gruyer; et, témoignant un vif regret de ven-
1 contrer moins d'empressement enthousiaste chez ses compatriotes,
il déclare « qu'il ne vient pas tenter chose nouvelle, mais chose
utile, et que ses efforts tendront surtout à être clair, simple et
bref, son intention étant d'écrire, non pour les lettrés, mais pour
le peuple. • Le but qu'il avait en vue, M. Gherardi l'a atteint de
la façon la plus complète; ce sera l'avis général de ses nombreux
lecteurs. Il est fort à désirer que son heureux exemple soit fré-
quemment suivi et que chaque maître ait la bonne fortune de
rencontrer un biographe aussi exempt de prétentions pompeuses,
aussi attachant, et qui sache, avec autant d'esprit que de tact,
s'effacer toujours au profit de son illustre modelé.

Paul Leroi.

CHRONIQUE DE L'HOTEL DROUOT

La vente de la collection de feu M. Edwin Cliff a offert un
réel intérêt ; elle a réalisé le chiffre important de 75^,000 francs
qui est très-significatif, car il n'y avait, à de rares exceptions
près, que des œuvres des maîtres anciens secondaires, et l'on
sait que, s'ils n'étaient pas précisément dédaignés, ils étaient fort
loin d atteindre à la Bourse de l'hôtel Drouot les prix de certains

tableaux modernes d'un mérite cependant bien inférieur. Il y a
| donc à signaler un progrès sérieux, qui est tout à l'honneur des
curieux et dont il faut grandement attribuer le mérite à
M. Charles Pillet, qui lui-même est un excellent juge et un col-
lectionneur distingué. Un Snyders capital, vaste toile de 3"', 10
de large sur 3m,25, le Marchand de poissons, un fort beau
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