L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 1)

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L'OEUVRE

DE

LA MARQUISE DE POMPADOUR'

Mme de Pompadour ne s'est pas contentée de protéger les arts et les artistes de son temps,
elle a voulu être artiste elle-même; quoiqu'elle n'ait pas aussi bien réussi dans cette seconde partie
de son rôle que dans la première, il y a au moins un certain intérêt de curiosité dans l'histoire de
cette tentative. Mme de Pompadour avait conçu l'idée de faire graver en pierres fines et de reproduire
elle-même par l'eau-forté les « faits glorieux » du règne du bien-aimé. C'était un des mille moyens
imaginés par elle pour assurer ou prolonger sa domination sur son royal amant et pour lutter contre
les persistantes intrigues de ses ennemis et contre cet incurable ennui qui menaçait sans cesse de jeter
Louis XV à la poursuite de distractions nouvelles. Elle le connaissait trop et se connaissait trop elle-
même pour pouvoir compter qu'elle le retiendrait par la seule puissance de l'amour; et, pour ne
négliger aucun secours, elle s'adressa à sa vanité.

Elle fit venir à Versailles Jacques Guay, le plus célèbre graveur en pierres fines de son temps,
l'installa à Versailles dans son appartement même, et se mit à graver sous sa direction. Tout cela est
connu. Un certain nombre d'écrivains ont raconté ces faits. Pour ne citer que les plus récents,
MM. Dumesnil, Chabouillet, de la Fizelière, Ch. Blanc, de Concourt, Campardon ont publié sur ce
point des pages également instructives et intéressantes. Mais tout dernièrement, un document nou-
veau et de la plus haute importance a été livré au public par M. Leturcq. C'est ce document que
nous nous proposons de résumer.

Jacques Guay habitait au troisième étage de la maison qui porte aujourd'hui le n° 6 de la rue
Portefoin, au Marais. C'est là qu'il avait son atelier. C'est là que Mayer Simon apprit sous sa
direction la gravure en pierres fines. Plus tard, Simon acheta cette maison et la légua à
M. Beck, son élève et son fils adoptif. Celui-ci à son tour la laissa en mourant à M. Leturcq, qu'il
avait également adopté. Dans cette succession, M. Leturcq a trouvé non-seulement un certain nombre
de pierres gravées par Guay et des modèles en cire préparés par lui, mais encore tin recueil de
cinquante-deux estampes gravées à l'eau-forte par Mmc de Pompadour. C'est le recueil même quia
appartenu à Guay. 11 est précédé d'un frontispice dessiné par Boucher. Sur une toile soutenue par une
guirlande de roses, on lit : « Suite d'estampes gravées par Mme la marquise de Pompadour, d'après
les pierres gravées de Guay, graveur du roi. » En haut, par une imagination singulière, deux Amours
portant des couronnes de fleurs se disputent à qui couronnera le nom de la marquise. En bas, un autre
Amour sans ailes se penche sur un médaillier; avec un air de connaisseur des plus amusants, et par un
geste admirablement saisi, il porte à son œil une loupe pour examiner les finesses d'une pierre gravée
qu'il tient à la main; à terre sont jetés pêle-mêle des livres, une palette avec des pinceaux, un buste
en plâtre, des instruments de graveur. Ce frontispice ne porte aucune indication d'auteur. La modestie
de la marquise se serait-elle refusée à signer elle-même sa propre apothéose? C'est peu probable;
mais l'affirmation de Guay ne permet aucun doute sur le fait. La note écrite de sa main, qui accom-
pagne ce frontispice, est ainsi conçue : Frontispice gravé par Madame la marquise de Pompadour
dapre le Desein de M' Boucher.

C'est grand dommage qu'on ne puisse pas savoir dans quelle mesure les gravures de
Mme de Pompadour ont été retouchées et corrigées par ses collaborateurs, car les attitudes et les
gestes des petits Amours représentés dans cette estampe sont d'une vérité et d'un naturel qui
marquent certainement un sens artistique très-réel.

ï. Xotice sur Jacques Giuy, graveur sur pierres fines du roi Louis XV, par J.-F. Leturcq. Documents inédits émanant de Guay et notes
sur les œuvres de gravure en taille-douce et en pierres fines de la marquise de Pompadour. i vol. in-40 de 266 pages. Paris, 1873. Librairie
de J. Baur, n, rue des Saints-Pères.

Tome I. 13
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