L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 1)

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L'ACADÉMIE DE FRANCE A ROME. 109

le temps ni le soin qu'il exigeait Il en est résulté un livre qui a le double défaut d'être par lui-même
trop insuffisant et d'empêcher qu'on puisse de longtemps reprendre et traiter à fond la matière qu'il
n'a fait qu'effleurer. Peut-être lui trouvera-t-on le mérite de donner aux gens du monde , à ces
superficiels qu'effraye un ouvrage en plusieurs volumes, une idée à peu près exacte, bien que tort
incomplète, de ce que fut jadis l'Académie de France à Rome. Mais ceux qui ne se contentent pas de
l'a peu près regretteront qu'un pareil sujet soit tombé en d'aussi mauvaises mains, et surtout que le
nom de M. Guillaume, directeur de l'École des Beaux-Arts, inscrit sur la première page du volume,
paraisse donner à cet essai une sorte de recommandation officielle.

Si défectueux qu'il soit, cet ouvrage a eu du moins un résultat incontestable : il a attiré l'attention
sur un établissement dont l'histoire est fort peu connue, malgré son ancienneté, et qui a rendu
d'incontestables services malgré les vices de son organisation. Il a peut-être contribué à lui valoir
simultanément une double marque de sollicitude de la part de l'administration et de l'Académie des
Beaux-Arts.

La direction des Beaux-Arts en effet a formé et mis immédiatement à exécution le projet de
reconstituer les Archives de l'Académie de Rome. Pour cela il y a peu de chose à faire ; car la partie
la plus intéressante, ou pour mieux dire la seule qui puisse offrir quelque intérêt, est aujourd'hui
conservée presque intacte aux Archives nationales : je veux parler des lettres écrites de Rome par les
directeurs de l'Académie de France à leurs supérieurs hiérarchiques. Il n'y aurait donc qu'à les copier,
si l'existence de quelques lacunes dans cette volumineuse correspondance n'imposait à ceux qui
président à ce travail de reconstitution le devoir de rechercher et de joindre à leurs copies les lettres
qui se trouvent aujourd'hui dans des collections d'amateurs ou que l'on voit de temps en temps passer
clans les ventes d'autographes. Qu'on n'aille pas s'imaginer que ces feuilles éparses soient inutiles à la
longue suite conservée dans les cartons des Archives. Il se trouvait dernièrement à la vente des
autographes de Jules Boilly une lettre de Vien adressée au directe ur des bâtiments du Roi, revêtue
par conséquent d'un caractère officiel, qui a une importance capitale pour l'histoire des débuts de
David.

En même temps que le directeur des Beaux-Arts s'occupait de reconstituer les Archives de
l'Académie de Rome, la quatrième classe de l'Institut donnait pour programme d'un de ses prochains
concours l'histoire de ce même établissement. Il est seulement fâcheux qu'elle ait cru devoir, fidèle à
d'anciennes habitudes, compliquer la question historique de considérations philosophiques et esthé-
tiques. Chercher l'influence que l'École de Rome a exercée sur le développement des arts en France,
comme le demande l'Académie, ce serait, ce me semble, s'aventurer dans une suite d'hypothèses
complètement étrangères à l'histoire et d'une utilité au moins contestable. Il y a plus, on risquerait
fort, en parlant franchement, d'indisposer les juges qu'il s'agit de séduire et par conséquent de flatter;
car, sans aller bien loin, il est à remarquer que les plus hautes originalités de l'art à notre époque n'ont
point passé par l'École de Rome. Il suffit de citer Eug. Delacroix, Géricault, Gros, Decamps, parmi les
peintres du xix' siècle, et, en remontant plus haut, Chardin, Latour, Joseph Vernet, Watteau.

Que ces maîtres, ou la plupart d'entre eux, n'aient rien dû aux exercices préparatoires et fortifiants
faits en vue du concours et de la suprême récompense, il serait imprudent et injuste de le soutenir.
Aussi, à ce point de vue, peut-on dire que l'Ecole de Rome leur a indirectement profité; mais quand
les gloires les plus incontestées, quand les personnalités les plus puissantes de la peinture française
ont su naître et se développer seules, sans le secours de cette École, alors que tant d'artistes sortis de
son sein n'ont tenu aucune des espérances données par leurs débuts, on doute si c'est bien réellement
à l'influence de l'École de Rome que certains artistes comme Boucher, Greuze, Van Loo et, même
Vien, David et Ingres doivent leur science et leur talent.

Ce sont de bien grosses questions; peuvent-elles être convenablement abordées dans un mémoire
soumis au jugement de l'Académie, c'est-à-dire de parties intéressées? Je laisse le lecteur en décider.

A coup sûr la création de l'Académie de Rome, à l'époque où Colbert la fonda, réalisait un incon-

t. L'auteur n'avait jusque-là publié que des travaux sur le moyen age, ne s'était occupé que de Grégoire de Tours ou des sermon-
naires du SU* siècle; aussi confond-il tous les membres de la nombreuse famille des Coypcl, ignorc-t-il que le Lantin est le nom sous
lequel on désignait autrefois l'Antinous, et fc.it—il deux personnages distincts de M. de Vandières et de M. de Marigny.
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