L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 1)

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Mais parmi les artistes qui vivaient à sa cour se trouvait François Laurana, graveur en médailles,
auquel on doit une belle médaille de Louis XI et une autre qui représente le roi René lui-même
avec sa seconde femme, Jeanne de Laval.

On ne connaît aucun détail sur la vie de Laurana, dont le nom indique une origine italienne,
mais on sait qu'il vécut longtemps près du roi René, et les médailles qu'on possède de lui sont
signées. La première dont nous avons à nous occuper, parce qu'elle est la plus ancienne, porte la
date de 146^. Elle représente René et Jeanne, en buste et de profil; le roi a la tète coiffée d'un bonnet
et porte une robe dont le collet est garni d'une épaisse fourrure. La reine a les cheveux serrés
par deux diadèmes de perles et de pierreries, et porte à son cou un riche collier de quatre rangs
de grosses perles auquel est suspendu un joyau. Le revers est une imitation des médailles romaines
accommodée aux idées du temps. La Paix est personnifiée sous la forme d'une femme debout qui
tient de la main droite un rameau d'olivier, tandis qu'avec la main gauche elle suspend un casque
à un rejeton unique et verdoyant qui surgit d'un tronc d'arbre mort. De l'autre côté est une cuirasse.

Cet emblème de l'arbre mort au rejeton verdoyant, qui se retrouve sur une lettre d'anoblissement
accordé par le roi René à un de ses sujets, a beaucoup exercé la sagacité des archéologues. Les
uns ont dit que le roi René avait adopté cette devise après la victoire que son petit-fils René, duc
de Lorraine, remporta à Nancy contre Charles le Téméraire, ce qui serait difficile à admettre, puisque
la bataille de Nancy a été livrée en 1477 et que notre médaille porte la date de 1463. D'autres
veulent y voir la marque des espérances que conçut le roi René après son mariage avec Jeanne de
Laval. Ces emblèmes énigmatiques, fort à la mode au moyen âge, étaient déjà mystérieux pour les
contemporains; il n'est pas étonnant qu'ils soient tout à fait obscurs pour nous. Mais ces questions,
très-intéressantes pour la numismatique, sont tout à fait secondaires dans une histoire de l'art.

La figure de la Paix, représentée sur le revers de la médaille du roi René, est vêtue d'une
draperie imitée de l'antique. Mais les bras ont de la raideur, et la tète, vue complètement de face,
laisse à désirer comme caractère. En revanche, les deux bustes du roi et de la reine superposés
ont un profil de la plus grande finesse. On sent là le dessin naïf et savant tout à la fois d'un artiste
épris de la nature et qui cherche à s'identifier avec elle.

Cette recherche de la vérité, qui caractérise les débuts de la Renaissance, se retrouve encore
dans la célèbre médaille de Louis XI qui est due également à Laurana.

Le roi est coiffé d'un chapeau pointu très-simple qui semble en fourrure et revêtu d'une robe
boutonnée au milieu. Sur le revers on voit le type de la Concorde imitée d'une médaille romaine.
C'est une femme assise qui tient un rameau d'olivier; à ses pieds est un casque. Cette médaille
(dont il existe un exemplaire à la Bibliothèque nationale) est extrêmement rare.

Le nom de Laurana est évidemment italien ; il était attaché à René d'Anjou, qui était oncle
maternel de Louis XI. On retrouve sa signature sur une médaille représentant Jean d'Anjou, duc de
Calabre, fils du roi René, et il est également l'auteur d'une autre qui représente Charles d'Anjou,
comte du Maine, frère du roi René.

Les médailles, sous Louis XI, ne sont pas communes, et elles sont dues pour la plupart à des
mains étrangères. Le cardinal d'Estouteville, archevêque de Rouen, qui fit bâtir le palais archié-
piscopal de cette ville et le chœur de l'abbaye du mont Saint-Michel, est représenté sur une fort
belle médaille. La tête (impériale) est d'un modelé ferme et le profil bien articulé. Au surplus,
cette médaille paraît d'un travail italien. Le cardinal d'Estouteville a habité longtemps Rome, et c'est
là qu'il est mort après avoir fait des négociations importantes pour les rois Charles VII et Louis XI.

La médaille du cardinal de Bourbon, qui paraît avoir été exécutée à la même époque, montre au
revers un saint Jean qui tient dans ses bras l'agneau divin. Le profil du personnage est d'une extrême
finesse comme dessin, tandis que la figure de saint Jean qui est au revers est lourde et à demi
barbare. Il est évident que l'artiste a exécuté le portrait avec une conscience naïve devant son modèle,
tand.s que pour la représentation du saint il a cru ne pouvoir travailler que de pratique.

Cette disproportion de talent entre l'avers et le revers d'une médaille est très-commune à cette
époque, où l'art cherchait sa voie et n'avait pas encore de principes bien fixes. Le cardinal de
Bouibon, dont nous parlons ici, est celui qui a négocié la paix entre Louis XI et Charles le
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