L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 1)

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NÉCRC

— Le peintre Félix Haffner, qui vient de mourir au Mesnil-
Amelot (Seine-et-Marne), était originaire de Strasbourg, où il
avait longtemps habité. C'était un artiste bien doué et qui se
fût fait un nom parmi les coloristes français, si de bonne heure
des soucis domestiques n'avaient entravé le plein épanouisse-
ment de son talent. Après la guerre, il avait opté pour la
France et quitté l'Alsace. On attribue l'affaiblissement de sa
santé et sa mort au chagrin profond que lui causa l'anéantis-
sement de ses meilleures œuvres, parmi lesquelles le Marché
de Schelestadt, brûlées avec le musée de Strasbourg, pendant
le bombardement. Félix Haffner n'avait que cinquante-cinq ans.

Voici ce qu'écrivait de lui en 1858 Théodore Pelloquet,
qui a bien jugé et l'homme et l'artiste :

« Un peintre alsacien, caractère franc et loyal. Sa peinture
est comme son caractère, mais cela va jusqu'à l'extrême bru-
talité. Ce n'est pas lui qu'on accusera de fadeur. Il ne cherche

LOGIE

pas les petits tons gris-perle, et il a horreur des mignardises
de touche. Il ne marchande ni les violences de coloris ni les
plus furieux coups de brosse. De la une manière un peu inco-
hérente, mais hardie, naïve, et qui exprime la vérité, peut-
être de façon à repousser les esprits timorés, mais bien frap-
pante, et qui touche le cœur et les yeux de ceux qui mettent
la vérité au-dessus de tout.

« Avec cela un sentiment poétique de la nature et de ses
beautés les plus rustiques, un goût très-original, très-indivi-
duel, et une façon de voir et de comprendre les sujets qu'il
traite, décidée et prime-sautière. — Jamais Haffner n'ira à
l'Académie. «

— L'Ecole française vient de perdre un maître : Millet esc
mort le 20 janvier à Barbizon. V Art publiera prochainement
une étude de M. Charles Yriarte sur ce peintre, le plus éminenc
interprète de la vie rustique.

FAITS

Nous apprenons avec une vive satisfaction que, sur la pro-
position du directeur des Beaux-Arts, le ministre vient d'accor-
der à la veuve du peintre Millet une pension annuelle de
1,200 francs. Nous reconnaissons là l'initiative généreuse et
intelligente de M. le marquis de Chennevières ; c'est lui, ne
l'oublions pas, qui paya la dette du pays à la gloire de Millet,
en donnant au grand peintre une commande de 50,000 francs.
Malheureusement la mort est venue trop tôt; le peintre emporte
dans la tombe le secret de son œuvre.

N'oublions pas qu'aucune œuvre de J.-F. Millet ne figure au
Musée du Luxembourg ; nous savons toute l'insuffisance du bud-
get des Beaux-Arts, mais il y a là une vieille et insigne injustice
à réparer ; nous espérons qu'elle le sera sans retard.

— M. Détaille est chargé par l'Etat de faire un dessin repré-
sentant l'escalier de l'Opéra le soir de l'inauguration. Ce dessin
sera gravé à Teau-forte par M. Jules Jacquemart.

— On annonce que M. Carolus Duran doit exécuter au
palais du Luxembourg un grand plafond représentant la reine
Marie de Médicis et sa cour.

DIVERS

— Parmi les Musées des Départements dont l'adhésion à
l'Exposition projetée est parvenue à la date du 25 janvier, il faut
citer ceux de Tours, Orléans, le Mans, Angers^ Nantes, Rennes,
Caen, Toulouse, Besançon.

— Le sculpteur Leharivel-Durocher, qui avait été jeté à terre
par une voiture de place et cruellement maltraité, est aujourd'hui
en pleine guérison : il ne peut sortir encore après plus de deux
mois de maladie, mais il est en mesure de poursuivre les travaux
qu'il avait dû interrompre.

— M. de Neuville, indisposé, n'a pu assister à la dernière
réunion des artistes qui a eu lieu chez M. Daubigny, et dont
M. Jacques Oberlin s'est chargé de rendre compte pour les lec-
teurs de l'Art.

■— On donne comme certaine la nomination de Baudry au
grade de commandeur de la Légion d'honneur. Cette nouvelle
sera accueillie avec une grande faveur par tous les artistes et le
public qui l'attendaient comme la juste récompense des grands
travaux entrepris par cet artiste de talent et de cœur.

CHRONIQUE DE L'HOTEL DROUOT

— La vente des collections du baron Thibon, qui reste fixée
aux 9, 10, 11 et 12 février, sera en tous points remarquable; le
choix des Sèvres, des Saxe, des Chine et des Japon sera haute-
ment apprécié par les collectionneurs ainsi que le précieux mobi-
lier des xvir et xvm1 siècles ; la bibliothèque peu nombreuse est
celle d'un raffiné qui n'a confié qu'à Capé et Koehlerle soin d'ha-
biller ses exemplaires de choix.

Parmi les tableaux, il faut surtout signaler trois Boucher du
meilleur faire du maître : Amours s'exerçant à tirer de l'arc}
Amours endormis et Trois Amours jouant sur des nuages.

Parmi tant de richesses dignes de leur attention, les artistes
s'arrêteront surtout à la plus belle réunion de terres cuites de
Clodion qui ait jamais été mise en vente; elle ne comprend pas

moins de cinq groupes dont un très-important, daté de 1788,
forme pendule, de deux statuettes, de deux bas-reliefs, d'une
figurine et d'un petit vase signé Clodion in Roma, 1749-

— Au commencement d'avril, grande vente de tableaux mo-
dernes par les soins de M. Charles Pillet, qui adjugera, quelques
jours après, toutes les richesses de l'atelier de Fortuny : tableaux,
études, esquisses, curiosités, étoffes précieuses, faïences mo-
resques parmi lesquelles il faut signaler un vase de Grenade
de qualité inestimable. Fortuny avait depuis des années réuni
des merveilles où se révèlent toutes ses passions de coloriste.

L'Art prépare une étude sur ce jeune maître dont nous publie-
rons le portrait gravé par M. Adrien Didier ainsi que plusieurs
planches d'après ses tableaux et aquarelles.

L'Administrateur-Gérant, HIPPOLYTE HEYMANN.
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