L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 1)

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i4o L'ART.

Si le xv" siècle n'est pas encore le moment culminant de l'histoire de l'art italien, il en offre
certainement la période la plus intéressante. La population avait un enthousiasme immense pour les
œuvres de ses artistes, et, comme l'enthousiasme est communicatif, elle sut l'inspirer aux Fran-
çais ; ceux-ci étaient merveilleusement disposés pour recevoir cette féconde semence. Ce n'était
pas la première fois que la France était en contact avec l'Italie, mais c'était la première fois qu'elle
était en état de comprendre.

Aussi, quand nos armées pénétrèrent en Italie, elles éprouvèrent comme un enivrement au contact
de ce peuple d'artistes, de ces élégantes cités qui avaient conservé tant de chefs-d'œuvre de
l'antiquité, et où l'époque contemporaine en produisait chaque jour de nouveaux.

Les seigneurs qui accompagnèrent Charles VIII dans sa course triomphale poussaient à chaque
pas des cris d'admiration, et les lettres qu'ils écrivaient en France témoignent de leur enchantement
naïf. « Madame, écrivait à la reine Anne de Bretagne un des officiers de l'expédition, je vouldraye
que vous eussiez veu ceste ville et les belles choses qui y sont, car c'est ung paradis terrestre. Le roy,
de sa grâce, m'a voulu tout montrer à ma venue de Florence, et dedans et dehors la ville; et vous
assure que c'est une chose incréable que la beaulté de ces lieux bien appropriés à toutes sortes de
plaisances mondaines. Vous y avez été souhaitée par le roy. A ceste heure icy, il n'estime Amboyse ni
lieu qu'il ait par de là. »

C'est de l'expédition de Charles VIII que date cet engouement excessif pour l'Italie et ce dédain
souvent injuste pour les œuvres purement françaises, qui devait se prolonger bien au delà de la
Renaissance. « Avant que le roy entrât en la ville de Capoue, » écrit un des seigneurs qui accom-
pagnent le roi, « il a couchié une nuit à Poge royal qui est une maison de plaisance que le roy Fer-
nand et ses prédécesseurs ont fait faire, qui est telle que le beau parler de Chartier, la subtilité de
maistre Jehan de Mehun et la main de Fouquet ne sauraient dire, escrire, ne peindre. » Les Italiens,
qui nous fêtaient pour avoir l'appui de nos armes, nous considéraient au fond comme de vrais bar-
bares, et il est bien certain qu'ils avaient le droit de se dire nos maîtres.

Pour les Français, leur enthousiasme éclatait sous toutes les formes et s'étendait depuis le plus
petit seigneur jusqu'au roi lui-même.

René Ménard.

(La suite AU prochain numéro.)

NOTRE BIBLIOTHÈQUE

XVII.

LA VIE D'UN PATRICIEN DE VENISE AU XVIe SIÈCLE. —

les doges. — la charte ducale. — les femmes a venise.
— l'université de padoue. — les préliminaires de lé-

pante, ctc.} etc., d'après les papiers d'Etat des archives de
Venise, par Charles Vriarte. — i vol. in-8" de 447 pages,
orr.é d'un beau portrait à l'eau-forte par Le Rat, d'après Paul
Véronèse. 1874. Chez E. Pion, 10, rue Garancière, Paris.

Il y a quelques années, M. Charles Yriarte, étant à Venise,
découvrit à quatre lieues de la ville, au pied des Alpes Juliennes,
dans le village de Masère, une maison de campagne ayant appar-
tenu à l'ancienne et noble famille des Barbaro. Cette villa, con-
struite par le Palladio, vers 1566, décorée des sculptures d'Ales-
sandro Vittoria et des fresques de Paul Véronèse, réunit par là
même un ensemble de conditions qui la désignent particulière-
ment à l'attention de tous les hommes qui s'intéressent aux choses
d'art.

Aussi n'était-elle pas ignorée des historiens et des critiques
d'art des époques antérieures. Le chanoine Lorenzo Grico, dans
ses Lettres sur les Beaux-Arts de la province de Trévise. Temanza,
dans ses Architectes italiens, la signalent à l'admiration de leurs
contemporains. Mais les graveurs de l'œuvre du \ïron:sc. les

Augustin Carrache, les Vosterman, les Van Kessel, Carie Sacchi,
Ccelemans, Crozat n'ont pas reproduit une seule figure de cet
ensemble, et Ton peut considérer l'œuvre comme entièrement
inédite.

Quant aux guides modernes, pas un ne souffle mot de cette
splendide résidence; la raison, c'est que la villa Barbaro se trouve

j loin de tout chemin de fer. De Trévise à Masère, il y a trois
bonnes heures de voiture, et, pour aller à Masère, il faut vou-
loir y aller. Or on sait que les guides ont l'habitude de s'en
remettre aux chemins de fer et qu'ils se bornent à noter soigneu-
sement tout ce que ceux-ci veulent bien mettre sur leur route, sans
étendre au delà leurs prétentions.

M. Ch. Yriarte, qui se défie des guides, a cherché et trouvé

j d'autres renseignements. Cette curiosité intelligente lui a valu
l'honneur et la joie de faire une trouvaille qui enrichit le
domaine des arts de quelques chefs-d'œuvre de plus et d'ouvrir
au monde intelligent une source nouvelle de jouissances.

Un autre aurait pu se contenter de faire la description de cette
splendide villa. M. Yriarte, après l'avoir visitée à maintes reprises,
et l'avoir étudiée sous toutes ses faces, s'est trouvé bientôt amené
à replacer ses fondateurs dans leur véritable milieu. Il s'est dit
que les hommes qui savaient, il y a trois cents ans, se créer de
pareilles demeures pouvaient intéresser ceux de notre tem'is par
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