L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 1)

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J.-F. MILLET. 151

du jour où il renonça à cette facile production, dictée sans doute par ces nécessités qui assiègent un
artiste chargé de famille, qui doit compter chaque matin avec la vie pratique, et pour lequel la réali-
sation de son idéal et la recherche lente et consciencieuse de la vérité n'amènent souvent que la
rude misère et parfois la mort.

Millet a raconté lui-même qu'un jour, comme il s'était arrêté à la vitrine d'un marchand de
tableaux, regardant furtivement une de ces œuvres de ses premiers temps, il entendit un spec-
tateur dire à son voisin : « C'est de Millet, ce peintre qui fait toujours des nudités. » Là où il ne
voyait qu'une vente facile et utile aux siens, un passant banal voyait peut-être une spéculation

J.-F. Millet,
Dessin d3 Bocourt, gravé par Tourfaut.

licencieuse ; et Millet, ce grand honnête homme qu'un soupçon ne pouvait effleurer, renonça à tout
jamais à peindre ces sujets demandés.

A partir de 18^0, on peut suivre facilement dans les expositions annuelles le développement de
ce talent, dans les sujets agrestes qu'il a abordés pour ne plus les quitter. Millet s'est fixé à la cam-
pagne, à Barbizon ; il vit à la lisière de la forêt de Fontainebleau, en communication constante avec
Théodore Rousseau pour lequel il professe autant d'admiration que d'estime et qui aura sur lui
une influence très-active. Ce n'est point qu'il sacrifie son originalité et se fasse le disciple du grand
artiste, mais Rousseau est une nature puissante, un esprit élevé qvù raisonne admirablement et
exprime ses idées avec autant de facilité qu'il les sait rendre : il y a là pour Millet une source féconde
d'enseignement et un constant encouragement dans la voie qu'il vient de se frayer.

En 1849, l'artiste avait envoyé au Salon trois toiles : la Paysanne assise, — les Semeurs, — les Bot-
teleurs. En 1852, il exposa les Moissonneurs, —un Berger, — les Tondeurs de moutons; en 1855, un
Paysan greffant un arbre; en 1857, les Glaneuses.

Millet cherchait sa formule d'exécution ; à partir de ce moment jusqu'à sa mort il ne se modifie
plus, il s'affirme dans ses idées, il va plus avant dans son mode de rendu; il base toute sa science sur
l'observai ion ; avant d'être un peintre au sens strict du mot, il est positivement un observateur; il épie
la nature en silence; il veut rendre les grandes phases par lesquelles elle passe. Il ne lui suffit plus de
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