L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 1)

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J.-F. MILLET. M9

après un examen attentif, qu'il faille regretter que le peintre de VAngélus et de la Bergère ait été
enlevé avant d'avoir pu donner sa mesure définitive dans le grand travail qu'on lui avait assigné.
Qu'il eût trouvé des gestes épiques, de grandes silhouettes nobles, et révélé de hautes qualités
comme dessinateur, cela n'est point douteux; mais nous pensons que ses défauts se seraient exagérés
en élargissant la scène de ses compositions, et qu'il eût peut-être perdu ses qualités d'enveloppe
en n'embrassant plus d'un seul coup d'œil toute son œuvre rassemblée dans un petit espace. Les trois
panneaux de l'hôtel du boulevard Haussmann représentent le Printemps, l'Eté et l'Hiver. Le Printemps
est caractérisé par un jeune couple, Daphnis et Chloé, dans un charmant paysage qui rappelle Corot,
plage heureuse baignée par la mer, où croissent les verts lauriers, où verdit la mousse à la lisière d'un
bois sacré. Comme paysagiste, il a rempli le but, c'est la verdure nouvelle, l'air frais d'avril, la
jeunesse du printemps, mais cette grâce virgilienne, cette suavité de la nature au réveil après le
sommeil de l'hiver, ne se retrouvent pas dans les grandes figures.

Dans l'Eté, il a repris le sujet si admirablement traité par lui dans le pastel de M. Gavet : le Repos
de midi. La plaine est brûlante et le soleil consume, tout flamboie, l'air est pesant et lourd; à l'abri
des gerbes dorment les moissonneurs fatigués, d'autres luttent encore et rassemblent les blés tombés
sous la faucille. Au centre même du tableau une paysanne nue sous le soleil, les seins gonflés,
éclairée par un rayon vertical, moissonneuse au teint hâlé, à la gorge abondante, aux extrémités
lourdes, offre sa gerbe au Dieu de la nature. L'impression brûlante du Midi est extraordinaire, on ne
va pas plus loin dans cet ordre d'idées-là, mais en voulant exprimer le rude travail et la sincérité de
la nature opposée aux réminiscences antiques des Daphnis, des Terpsychores et des Cérès de
Prud'hon, l'artiste va au delà du but et l'on est en droit de se demander si, nue elle aussi, dégagée
de toute convention artistique, et prise dans sa réalité sans apprêts, la belle fille qui coupe sa gerbe
dans la plaine de Barbizon ne révélerait pas plus de grâce et de charme que cette Cérès rustique.

Le troisième panneau, l'Hiver, décèle les mêmes qualités d'impression au point de vue de
l'atmosphère du paysage; personne n'a d'ailleurs rendu les tons sourds de la neige foulée comme
Millet.

C'est dans le plafond que, selon nous, l'artiste a donné une note nouvelle. 11 peint un ciel radieux
derrière lequel le soleil se cache, irisant de ses reflets les petits nuages bleus cernés d'or et les
flocons blancs pénétrés d'une poussière ambrée. C'est jeune, vif, gai, plein de lumière et de profon-
deur. Il n'y a point de composition, une nuée de petits Amours dans la demi-teinte émergent des
nuages, étouffant dans leurs bras bouffis les oiseaux sombres de la nuit. C'est d'un très-grand charme au
point de vue de la couleur et nous ne connaissons rien de plus vibrant dans l'œuvre de Millet.

Observons ce dernier point, essentiel dans l'art décoratif, et que Millet a tout à fait rempli : la
Tache générale de chaque panneau est excellente, elle est pleine et vibrante, de sorte que, placé au
point de vue, le spectateur n'a point souci des lourdeurs des attaches des figures et des vulgarités de
la forme, qui disparaissent à distance : son œil est satisfait, il ne demande rien de plus tant qu'il reste
à cette place.

m.

Il est impossible de juger l'artiste qui nous occupe, si on ne connaît point, soit pour les avoir vus
au fur et à mesure de sa production, soit pour les avoir examinés réunis dans leur ensemble, les deux
collections considérables de dessins et pastels de Millet que possèdent M. Gavet et M. Sensier.

De tout temps il à été reconnu que les dessins de Millet avaient pour eux une grande allure,
cette tournure large et cette ligne générale qui font qu'avant de considérer le rendu, on est déjà saisi
d'une impression immédiate. Ces premiers dessins au crayon noir sont très-nombreux, mais l'artiste,
en se tenant dans cette gamme unique, se privait d'effets plus séduisants et s'interdisait tout un vaste
champ. Peu à peu (sous l'influence de M. Gavet, dit-on), il mêla le pastel au crayon noir, les combina
de manière à colorer légèrement ses teintes, et, peu à peu, n'employant plus que le crayon de couleur,
composa des scènes de grande dimension, importantes dans l'œuvre et très-nombreuses, puisqu'on
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