L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 1)

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LES MONUMENTS DE BRUGES

(Correspondance particulùre de l'Art.)

Sous ce titre « Ce que deviennent les monuments de Bruges, »
le Bien public de Gand a publié récemment une lettre qui serait
de nature à inquiéter à l'étranger les archéologues, les artistes,
les amateurs et les touristes, si cette feuille jouissait de quelque
autorité en dehors d'un monde très-restreint. Bruges n'est pas
seulement un des joyaux les plus précieux de la Belgique, si riche
en trésors d'art; la Venise flamande fait partie du patrimoine
artistique que les siècles disparus ont légué au monde artiste
de tous les pays. Or, d'après la lettre du Bien public, il
semble que nos monuments brugeois soient menacés d'une mo-
dernisation complète, le pire des vandalismes. Les écrivains du
Bien public en sont d'autant plus indignés qu'ils ont leurs raisons
pour en vouloir à l'esprit moderne. Examinons un peu les faits
qu'on leur dénonce, et voyons si leurs accusations sont fondées.

Nous avons en Belgique une Commission royale des monu-
ments, instituée tout exprès pour veiller à la conservation des
édifices publics et pour présider à leur restauration, dans un
sens conservateur, naturellement. Cette Commission, qui n'est
point infaillible, et qui a pu parfois prêter le flanc à de justes
critiques, est en délicatesse avec le Comité provincial de ses cor-
respondants pour la Flandre occidentale. La lettre adressée au
Bien public donne à penser que le Comité brugeois est le véri-
table conservateur, tandis que la Commission royale est tout sim-
plement une officine révolutionnaire, qui ne rêve que transfor-
mations, rajeunissements, bouleversements et autres attentats à
la vénérable pureté des architectures anciennes qu'elle a mission
de maintenir intacte. On la dit animée de sentiments si coupables,
qu'elle viole jusqu'à la virginité de son propre règlement.

Un exemple cité par le correspondant du Bien public:

L'architecte de la province, un M. Buyck, que vous ne con-
naissez peut-être pas, est chargé de la restauration du Palais du
Franc de Bruges, que vous connaissez bien. Il fait ses plans, ses
dessins, ses devis. Le Comité brugeois consulté trouve le tout
superficiel, et réclame un supplément de dessins détaillés. La
Commission royale au contraire trouve le supplément superflu,
et passe outre. On en conclut qu'elle a violé son règlement, le-
quel approuvé par le roi Léopold Ier, le 30 juin 1862, stipule
expressément, article 49, que t la Commission ne peut statuer sur
les questions relatives à la restauration des édifices publics, pour
la conservation desquels elle est instituée, qu'après avoir reçu :
i° les plans et les dessins réguliers indiquant la situation de ces
édifices; 20 les projets de travaux, y compris les coupes, les élé-
vations et les dérails ».

Or, d'après les renseignements que j'ai recueillis, si la Com-
mission royale n'a pas jugé nécessaire d'imposer à l'architecte
les exigences du Comité brugeois, ce n'est point, comme on
l'insinue, par excès de confiance dans le talent d'un artiste qui a
déjà fait ses preuves (la Commission le constate dans un rapport
dont la lettre au Bien public cite un passage); c'est : i° parce que
les dessins soumis par l'architecte étaient déjà suffisamment pré-
cis et détaillés; 2" parce que le monument est relativement bien
conservé, qu'il ne comporte aucune difficulté sérieuse de restau-
ration, et que la Commission a fait prendre, de tous les détails
intéressants de l'édifice, des photographies et des moulages qui
vaudront toujours mieux, pour guider l'artiste... restaurateur...,
que tous les dessins possibles ; 30 parce que les exigences du
Comité brugeois sont toutes nouvelles et absolument fantaisistes.
En effet, le règlement si solennellement invoqué ne prévoit pas
ce luxe de détails... détaillés.

S"il demande des détails, on ne peut entendre par là que

Bruges, 6 février.

des dessins nets et précis dans tous les détails importants d'exé-
cution, condition que remplissaient parfaitement les dessins de
l'architecte provincial. Le Comité de Bruges aurait voulu que
tous les détails fussent dessinés à part; prétention toute nouvelle.
Le Comité lui-même n'exige jamais rien de pareil pour les pro-
jets qui lui sont soumis. Et à propos de quoi cette innovation ?
A propos d'un travail de 12,000 francs pour lequel l'architecte
percevra en tout 600 francs d'honoraires. C'est-à-dire qu'on l'eût
forcé à manger d'avance en frais de dessins, — et de dessins
tout à fait inutiles — des bénéfices aussi minces que légitimes.
La Commission royale a refusé de s'associer à cette mauvaise
plaisanterie. A-t-elle eu tort?

Ce n'est pas du reste la première fois que le Comité de Bru-
ges cherche noise à cet infortuné M. Buyck, homme d'un vrai
talent pourtant, mais un de ces hommes modestes et inofïensifs,
dont il y a, pour certaines gens, plaisir à faire des têtes de Turcs.
Le correspondant du Bien public, qui a tout l'air d'être affilié au
Comité, cite plusieurs méfaits à la charge de cet architecte, dont
le Comité refuse invariablement tous les plans.

D'abord, la restauration de l'église Saint-Sauveur : l'archi-
tecte n'a pas donné aux fenêtres le même réseau qu'aux arcatures
aveugles qui les surmontent! On se demande dans quel art, dans
quelle école, le correspondant a trouvé une règle qui ordonne à
des fenêtres de ressembler, trait pour trait, à des arcatures.

Puis la restauration de Notre-Dame de Bruges. Je n'ai pas
l'intention de discuter les griefs du correspondant du Bien public.
Je me borne à vous signaler ce fait : deux plans étaient pré-
sentés; l'un par M. Buyck, l'autre par un architecte anglais,
ami de M. Wheale, lequel M. Wheale est un archéologue an-
glais. M. Wheale habite Bruges; il est à Bruges l'agent du Bri-
tish Muséum, ce qui ne l'empêche pas d'être membre du Comité
provincial des monuments. Enfin il serait à Bruges le corres-
pondant monumental du .Bz'e/z/>uW/cquejen'en serais pas surpris.
Le projet de M. Buyck a obtenu la préférence sur celui de l'ami
et compatriote de M. Wheale, la Commission royale ayant re-
connu après vérification qu'il était infiniment plus exact.

Enfin le Palais du Franc. On ne dit pas en quoi consistent
les fautes de M. Buyck, et le Comité lui-même n'est pas plus
explicite que le correspondant du Bien public. On m'assure que,
raisie à cet égard d'une accusation des plus vagues et des plus
sommaires, la Commission royale a demandé au Comité, il y a
déjà un mois ou deux, de lui détailler les erreurs de M. Buyck.
Et le Comité n'a pas encore répondu, lui qui aime tant les dé-
tails !

Voici encore un fait qui n'a pas été signalé au Bien public,
— et pour cause — mais qui a bien son intérêt. Le Comité de
Bruges repoussait dernièrement, comme erroné, un projet de
restauration de l'hôtel de ville de Furne, par ce malheureux
M. Buyck, qui est décidément sa bête noire. En même temps, le
Comité adoptait un autre projet qu'il déclarait parfait. Pour dé-
cider entre les deux, la Commission royale fait prendre une pho-
tographie du monument. En la recevant, elle tombe des nues.
Le projet Buyck est exact et complet. Le projet du Comité bru-
geois est une œuvre de haute fantaisie qui traite de la façon la
plus cavalière l'édifice à restaurer; par exemple, on y supprime
toute une frise de délicates sculptures qu'on y remplace par une
simple moulure, pour n'avoir pas la peine de les restaurer. Vous
voyez si le correspondant du Bien public a raison de faire l'éloge
du Comité provincial des monuments, « composé pour la plu-
part d'hommes compétents et surtout familiarisés avec les an-
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