L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 1)

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milieu du tableau une jeune femme d'une assez grande tournure se dresse ; elle veut sans doute
remettre sa jarretière, mais elle a relevé sa robe bien plus haut qu'il n'était nécessaire et que la
décence ne le permettait. A cette peinture vivante d'un monde à part, on sent que, plus d'une fois,
Hogarth a visité les baraques des saltimbanques et les coulisses des petits théâtres forains.

Les Strolling adresses furent offertes à M. Beckford au prix de 27 liv. st.; il trouva les prétentions
de l'artiste trop élevées; M. Wood de Littleton ne pensa point de même, et devint possesseur du
tableau dont la gravure fut vivement recherchée.

En 1741 le peintre fit paraître « le Musicien exaspéré (enragea1) ». On a dit que rien qu'à
regarder cette scène on devenait sourd. Quel charivari en effet! Dans Martin's lane, devant l'honnête
demeure del signor Castrucci1 un hasard fatal a rassemblé un aveugle et sa clarinette, une grosse
nourrice et son poupon— elle est, en outre, marchande de chansons, croyons-nous — une jeune et fraîche
porteuse de lait qui doit avoir un soprano suraigu, un rémouleur dont la roue tourne en mordant le
fer, des enfants, des charbonniers, et pour compléter l'orchestre, un cavalier, de la poste peut-être,
avec sa corne à bouquin. Tout cela se lamente, jure, crie, sonne, siffle, pleure, hurle, sous la fenêtre
ouverte du musicien, qui, exaspéré, « enragé », son violon à la main, se bouche les oreilles et maudit
l'affreux vacarme.

Nous compatissons à votre malheur, ô signor Castrucci, nous qu'assourdit le bruit de la rue;
nous, qui avons le bonheur de posséder, en face de notre logis, une cantatrice de concert populaire
travaillant une note, une seule, entendez-vous; nous qui sommes entourés, assiégés d'une armée de
pianos frappés, jour et nuit, par des mains infatigables. Cependant, à vrai dire, Castrucci, nous ne
nous plaignons pas de ce qui vous est arrivé, votre colère nous a valu une composition amusante dont,
en 1782, M. Ireland gardait précieusement l'esquisse originale.

Mais ce fut en 1741 qu'Hogarth exécuta son œuvre capitale, le « Marriage à la mode. » Dès le
premier tableau, impossible de ne pas comprendre l'action qui s'engage; car, ne l'oublions pas,
Hogarth est avant tout un auteur dramatique. Un grand seigneur, un lord, éprouve le pressant
besoin de relever ses armes et de redorer son blason; il a un fils, il s'en aidera, il lui donnera pour
femme la fille, belle ou laide, sage ou pervertie, n'importe, d'un riche marchand de la Cité. En effet,
il a trouvé ce qu'il cherchait; les parties sont en présence, nous assistons à la signature des articles.
Le patricien, dans ce honteux marché, apporte pour son fis un arbre généalogique qui prend souche
à Guillaume le Conquérant, tandis que le richard et son notaire entassent sur une table bank-notes,
contrats, titres réels et sonnants. Dans un angle du salon est assise la future lady; son noble fiancé ne
la regarde même pas; il s'ennuie, et songe à quelque Nelly Gwinne qu'il payera avec la dot roturière
dont il disposera demain. La jeune fille ne s'y trompe point; aussi, contente d'assister, par droit de
mariage, au baise-main et au petit lever de la reine, de couvrir ses épaules du manteau de pairesse,
sourit-elle, avec des yeux remplis de promesses, à un jeune homme qui muguette auprès d'elle. Tout
le drame est là; fiez-vous à Hogarth pour le dérouler dans son implacable logique, rien n'y manquera,
soyez-en sûrs; et vous verrez à travers quelles péripéties et dans quelle misère se traîne et finit un
mariage à la mode. Tout sera peint avec une vérité poussée jusqu'au dernier scrupule; ce ne sont
point des scènes pouvant se passer ici ou là, elles portent leur acte de naissance et leur date, elles
sont anglaises, et George II règne à Londres.

Le « Marriage à la mode » fut vendu à M. Lane no livres; le colonel Cauthorne, qui hérita de
Lane, revendit les six tableaux à M. Angerstein au prix de 1,381 liv. st.

Ce sont encore des scènes vraiment nationales que le pinceau et le burin d'Hogarth ont laissées;
en retraçant les brigues électorales, honteux marchés, foire aux consciences, qui s'étalaient sans,
pudeur, et en les reproduisant, l'artiste-moraliste les a flétries. C'est encore par patriotisme, et aussi
par un ressentiment dont nous conterons la cause, qu'il détestait la France, et qu'il en parlait'
avec le plus outrageant mépris. Ayant écrit contre les peintres français, il souleva la colère de Diderot,
qui répondit avec sa véhémence accoutumée : « Je ne pardonne pas à Hogarth d'avoir dit que l'école
française n'avait pas même un médiocre coloriste. Vous en avez menti, monsieur Hogarth; c'est, de

1. Habile violon, né à Rome Elève de Corelli.
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